Mots du libraire

  • Apeirogon

    Colum McCann

    Lu et commenté par le club de lecture de littérature américaine

    Apeirogon de Colum McCann, traduit par Clément Baude

     

    Un livre immense, un livre impressionnant

     

    Dans ce livre écrit en 2020, Colum McCann nous conte l’histoire de deux hommes, deux pères, Rami et Bassam. L’un est israélien, l’autre palestinien. Tous deux ont perdu leur fille. Smadar avait 13 ans, elle a été pulvérisée lors d’un attentat-suicide perpétré par trois kamikazes palestiniens au cœur de Jérusalem. Dix ans plus tard, Abir a été abattue à l’âge de 10 ans d’une balle tirée dans la tête par un garde-frontière israélien à Jérusalem-Est alors qu’elle achetait des bonbons. Rami est graphiste, ancien soldat de l’armée israélienne. Bassam a vécu dans une grotte près d'Hebron, son père élevait des chèvres. A 17 ans, il a écopé de sept ans de prison pour avoir lancé des grenades sur une Jeep israélienne. 

     

    Ces deux pères qui auraient pu se réfugier dans la haine de l’autre, sont amis et ont au contraire, décidé de s’unir au sein d’une association « mixte », les Combattants pour la Paix, et d’œuvrer pour faire avancer le dialogue entre les deux peuples. Inlassablement, ils parcourent la planète pour raconter l'histoire et la mort de Smadar et d'Abir, leur seule façon de survivre. « Nous ne parlons pas de la paix, nous la faisons », répètent-ils de conférences en en conférences ».

     

    Quand la réalité dépasse la fiction ! Car il s'agit ici du parcours de deux hommes bien réels qu’aucune fiction n’aurait songé à imaginer. Mais aucun angélisme, aucune complaisance dans une moralité facile, Colum McCann nous livre ici une œuvre littéraire unique.  

     

    « Apeirogon » nom grec d'une figure géométrique qui désigne un polygone au nombre infini de côtés. Une figure que l’écrivain transpose en littérature pour tenter de saisir les mille et une facettes de la tragédie sans fin du conflit israélo-palestinien. 

     

    Cette tragédie, la vie des deux hommes, leur douleur sont exposées sous forme éclatée, parcellaire dans une multitude de chapitres brefs de quelques lignes à quelques pages. Roman explosé en exactement 1001 fragments qui mélangent politique, religion, histoire, musique, ornithologie, géopolitique, géographie : il est question du dernier repas de Mitterrand, des manuscrits de la mer Morte, des accords d’Irlande du Nord, d’exégèse biblique et coranique, des croisades du Moyen Âge, d’une performance de John Cage et des orgues de Saint-Burchard d’Halberstadt…et surtout, surtout des oiseaux, omniprésents. Des millions de migrateurs qui « survolent les collines de Beit Jala depuis la nuit des temps ». Et constamment, l’auteur revient sur les meurtres des fillettes, comme un leitmotiv. On entend le bruit de l’explosion qui transforme la rue en boucherie. On voit la petite Abir, le bracelet de bonbons autour du poignet, juste avant que la balle ne pénètre dans sa nuque…

     

    Un livre impressionnant, merveilleusement écrit, d’une originalité et d’une humanité inouïes. 

     

    Un livre dont la lecture est particulièrement nécessaire aujourd’hui.

     

    Annie Chanet-Sainsard 

     

  • Le dieu des petits riens

    Arundhati Roy

    Lu et commenté par le club de lecture de littérature américaine

    Le Dieu des Petits Riens de Arundhati Roy, Traduit de l’anglais? par Claude Demanuelli 

     

    Premier (et rare) roman de Arundhati Roy, écrivaine indienne, qui lui a valu le Booker Prize en 1997 et a connu un succès mondial dès sa parution. Arundhati Roy est une écrivaine et aussi une militante engagée dans la défense de l’environnement, des droits humains (droit foncier des autochtones, droit des femmes) et contre le fondamentalisme hindou. Elle a publié de nombreux essais et analyses politiques et un seul autre roman, The Ministry of Utmost Happines ( Le ministère du Bonheur suprême).  «?Le Dieu des Petits Riens?» est un livre bouleversant, un livre d’émotions et de sensations.  C’est l’histoire d’un drame familial?qui se déroule au sein d’une famille chrétienne et anglophile aisée vivant dans l'état du Kérala (côte ouest dans le sud de l'Inde).  

     

    Le fil conducteur, ce sont deux enfants, deux jumeaux «?dizygotes?», Rahel, la fille et Estha, le garçon dont la vie bascule dans le drame alors qu’ils ont 7 ans,  leur mère Ammu, divorcée et rebelle qui brave les conventions, l’intouchable Vélutha avec qui les enfants sont unis par une profonde amitié.  Il y a aussi la grand-mère autoritaire et aveugle, la grand-tante perfide et sa fidèle domestique, prisonnières des conventions et de leur désir d'imiter le mode de vie des anglais. Les évènements vont s'enclencher pour précipiter ces destins vers la mort, la violence, le rejet, le mensonge, la folie. 

     

    Le récit n’est pas linéaire et il nécessite un peu de concentration. L’intrigue est un puzzle à reconstituer avec nombreux retours en arrière et bonds en avant. Au début l’absence de repères temporels, les noms indiens, la structure complexe de la famille rendent la lecture un peu complexe mais très vite on est happé par l’intrigue et par l’écriture. 

     

    L’écriture est magnifique, singulière, poétique. Splendeur et pittoresque de la langue inventée par les enfants?: Répétitions, images, émotions "L'homme Orangeade-citronade, Un-fini bonheur, le papillon aux pattes gelées sur le cœur de Rahel, Pas de Statue l'Egale, les sept vergetures d'Ammu…" Livre de sensations également?: la pluie qui s'abat sur le jardin, la chaleur moite de la mousson, les couleurs des saris, la magie des cours d’eau….  

     

    Ce livre est également un portrait poignant qui aborde la dure réalité de l’Inde, dénonçant le système profondément ignoble des castes, dénonçant également la condition faite aux femmes, le racisme post-colonial, la violence au sein de la famille, le viol, la pédophilie, la corruption. 

     

    Ce sont ces violences du monde adulte sublimées par le regard d’enfants posé sur le monde qui vont provoquer le drame et avoir raison de l’innocence de l’enfance.  

     

    Si ce n’est le style déroutant du début, ce livre est un coup de cœur quasi unanime.

     

    Annie Chanet-Sainsard 

     

     

    The God of Small Things - a debut – and rare – novel by Indian novelist Arundhati Roy.  Upon publication became an immediate success worldwide and was subsequently awarded the Booker Prize in 1997.  

     

    Arundhati Roy is a writer and also an activist who warns against the dangers of Hindu fundamentalism and is committed to the protection of the environment and the defense of human rights – including women’s rights and land rights of indigenous peoples.    She has published numerous essays and political analyses and only one other novel, The Ministry of Utmost Happiness.    

     

    The God of Small Things is a powerful novel, a novel of emotions and sensations.  It is the story of a well-to-do, anglophile Christian family living in the State of Kerala, on the western coast of southern India.    

    The common thread which links characters and events are two children: Rahel, the girl and Estha, the boy, fraternal twins whose lives will take a dramatic turn when they’re seven; their mother Ammu, a divorced and rebellious woman who defies convention; the untouchable Velutha, whose friendship has created a profound connection with the twins.  There’s also the authoritarian and blind grandmother, the treacherous great aunt and her loyal servant, both prisoners of convention who emulate the English and long for their way of life.  As the events gain momentum, they trigger the tragic events that will shape their destinies, leading to death, violence, rejection, lies, and madness.         

    The narration is not linear and some concentration is needed on the reader’s part.  The plot is a kind of puzzle to be unraveled as it repeatedly cuts back and forth between the present and the past.   In the beginning, especially, where there are no temporal clues to guide him along, the Indian names, and the complex structure of the family do make the reading a bit challenging.  But the reader is very quickly drawn into the story and is amazed by the uniqueness of the prose.    

    The quality of the writing is magnificent, rare, poetic; we are struck by the beauty and vividness of the language invented by the children, with its repetitions, images and emotions:  The OrangedrinkLemondrinkMan?, Infinnate Joy,   no Locusts Stand I,  a cold moth, with its icy legs on Rahel’s careless heart, Ammu’s seven silver stretchmarks  

     

    It is a book of sensations as well:  the rain falling in swirls upon the garden, the sticky heat of the monsoon, the colors of the saris, the magic of the waterways.    

    This book also offers a poignant portrayal of the harsh reality of India, criticizing the profoundly despicable caste system, and is equally unsparing in denouncing the place of women in society, post-colonial racism, violence within the family circle, rape, pedophilia, corruption. 

    It is these adult vices sublimated through the eyes of children as they contemplate the world around them which will trigger the tragedy and put a definitive end to the innocence of childhood.  

    The disconcerting style of the opening passages notwithstanding, praise for the book was, in our group, virtually unanimous.  

     

    Traduction: Aliki Kostakis 

  • Fiche lecture client - Pascal Masi

    Cet essai de géopolitique internationale est remarquable de clairvoyance, de sobriété et pertinence.
    Dominique Moïsi y développe son observation personnelle et éminemment instruite de la situation planétaire au travers d’un triple prisme : le Sud global, l’Orient global et l’Occident global.

    Cette segmentation donne lieu a des analyses particulièrement intéressantes et fines dont la plupart ne peuvent que nous rapprocher de la vérité.
    J’en citerai deux : la situation d’Israël et celle des Etats-Unis à la veille de élections présidentielles de 2024.

    Sur Israël, il écrit : « Dans le cas particulier d’Israël, c’est à la face obscure de la crise d’identité occidentale que nous sommes confrontés, à moins qu’il ne faille parler, considérant le fanatisme religieux qui s’empare d’une partie de plus en plus grande de la population, d’un commencement de « moyen-orientalisation » de l’Etat hébreu ? » p. 80.
    J’ai trouvé cette considération particulièrement intéressante et elle appelle le commentaire suivant :
    On peut faire l’hypothèse qu’Israël a représenté pendant des décennies (depuis sa création en réalité) une sorte de tête de pont de l’Occident en terre arabe (ou proche-orientale). On peut estimer que la référence civilisationnelle ultime des Israéliens a été d’appartenir à cet Occident européen et américain et de le représenter par un système démocratique désespérément seul au beau milieu d’un océan de dictatures diverses et variées (Syrie, Irak, Égypte, Arabie séoudite…)
    C’est pourquoi a crise d’identité et de légitimité que traverse, de l’avis de tous les observateurs, l’Occident depuis quelques années est devenue aussi une crise d’identité et de légitimité d’Israël. Sur la réalité de cette crise, il y a unanimité. Elle tient entre autres à l’émergence de l’Asie, devenue le centre du monde, au retour de la guerre en Europe, aux évolutions démographiques implacables – notamment en Afrique -- et à l’incapacité des Occidentaux à penser leur propre monde comme une valeur de référence parfaitement honorable et défendable.
    Cela, évidemment, change beaucoup de choses pour les Israéliens.
    Alors, pour Israël se pose maintenant la question la plus difficile de toutes : vers quel modèle se tourner ? Vers quelle destinée cheminer ?
    C’est là que la réponse de Moïsi est intéressante : Israël est en train de rejoindre les pratiques dominantes de sa région – le Proche-Orient – en se tournant vers l’intégrisme religieux.
    En confiant le pouvoir à une droite religieuse et radicalisée qui ne veut plus distinguer le domaine religieux du domaine politique, Israël rejoint les pratiques de tous les États arabo-musulmans qui l’entourent. De fait, Israël se « moyen-orientalise » écrit Dominique Moïsi. Les valeurs de la religion extrême sont en train de remplacer les valeurs démocratiques qui, jusque-là, guidaient peu ou prou la vie politique du pays et érigeaient une distinction forte entre les deux domaines.
    C’est donc à un basculement de la société israélienne auquel nous assistons actuellement.
    Pour ce qui est de l’Amérique, l’auteur établit un fil explicatif entre le choc du 11-Septembre, fort mal gérée d'un point de vue militaire et diplomatique, la crise financière de 2007-2009, fort mal gérée d’un point de vue social, et la tentative de coup d’Etat du 6 janvier 2021, qui fit suite à une crise épidémique fort mal gérée d'un point de vue sanitaire. Ce qui signifie que la crise d’identité de la plus grande puissance de l’Occident tire ses racines déjà fort anciennes et que seul un véritable sursaut pourra nous tirer de cette ornière dangereuse.

    Quelle serait la nature de ce sursaut ? Dominique Moïsi propose le sursaut des valeurs lorsqu’il écrit p. 223 : « Dans un monde toujours plus complexe, face à des choix toujours plus difficiles, les systèmes démocratiques ont une boussole, une arme pas si secrète, que ne possèdent pas les systèmes autoritaires et totalitaires. Cette boussole, ce sont les valeurs, qu’ils doivent défendre sans arrogance et sans compromission. »

    En d’autres termes, à nous, c'est-à-dire à chacun d’entre nous, de jouer…

     

  • Courts-circuits

    Etienne Klein

    Fiche de lecture client - Pascal Masi

    Peut-être le livre le plus personnel qu’il m’a été donné de lire d’Etienne Klein. Pour une fois, M. Klein parle de lui et de sa vie. Enfin !

     

    Notamment de son cher frère, Pascal, disparu trop tôt et qui fut tout l’inverse de ce qu’il est lui-même. Là où Etienne jongle avec les particules quantiques et le schématisme kantien, son frère Pascal, rétif à tout savoir scolaire, jonglait avec les carburateurs et les mécaniques les plus absconses. Comment peut-on être frères et aussi différents qu’ils le furent ? S’interrogeant sur les notions de hasard et de déterminisme, Etienne nous parle de l’appartement qu’il vient de louer sur un coup de tête, et qui se trouve avoir été occupé par quelqu’un qui eut le même parcours qu’un des personnages qu’il a lui-même le plus étudié, le physicien Majorana ? Hasard ou destin ? Qui peut le dire ?

     

    Ce livre est une jolie balade qui rappelle un autre livre de Klein : « Le pays qu’habitait Albert Einstein ». C’est un peu le même esprit qui y règne au fil des pages, un esprit d’où la poésie d’une ballade – avec deux « L » – ne semble jamais très loin.

     

    Comme tant d’autres auteurs maintenant, Etienne Klein constate, non sans amertume, que ce qui fait tant défaut à notre monde tâtonnant et souffrant, c’est un « Grand Récit », une « méta histoire » qui agirait comme le ciment des hommes, qui apaiserait les tristes penchants des hommes pour enfin laisser une place raisonnable à la concorde. La convocation de l’immense Michel Serres n’y suffira pas. Personne ne sait, au fond, si ce « Grand récit » existera un jour.

     

    Mais, ce que nous dit Etienne Klein, c’est qu’il n’est pas interdit d’y travailler. D’y consacrer sa vie comme il le fait. Avec Camus, il nous livre un secret et confie, au fond, que « la lutte elle-même vers les sommets – de la connaissance juste et des montagnes -- suffit à remplir un cœur d'homme. [Qu’il] faut imaginer Sisyphe heureux. »

     

    Du joli travail Monsieur Klein ! Merci

  • Fiche de lecture client - Pascal Masi

    A l'heure où les débats sur les inégalités font un retour dans le débat public, le livre de Jared Diamond constitue un livre important. C'est un de ces méta-récits, une de ces synthèses universelles de l'Histoire tels qu'on en croise peu. A lire donc, pour toute personne souhaitant tenter de comprendre pourquoi l'histoire des peuples de notre chère planète a été celle qu'elle a été. Avec ses incroyables variétés de destins, ses inégalités de développement et bien-sûr son cortège interminable de tragédies en tous sens accompagnées des plus invraisemblables fulgurances.

    Diamond n'est pas le premier venu. Ethnologue et biologiste, c'est une sommité reconnue dans ces domaines. Il faut donc lire et écouter.

    Il propose une grille de lecture qui pourrait tenir dans ce dicton apparemment anodin : La géographie commande l'histoire.

    Derrière cette simple phrase, se cache en réalité pour Diamond le moteur explicatif le plus puissant pour comprendre ce qui est arrivé aux peuples du monde.

    Un exemple suffit à saisir l'ampleur de l'affirmation : le continent eurasiatique (notamment sa partie occidentale qu'on appelle le Croissant fertile) s'est développé en premier dans l'histoire du monde parce qu'il bénéficiait de par sa seule géographie des conditions de développement les plus favorables de la planète. Sur les 14 espèces de grands mammifères sauvages et domesticables, 9 étaient présentes dans cette région. Contre Zéro en Australie et deux seulement dans les Amériques précolombiennes. En Afrique, il fut et est toujours impossible de domestiquer les zèbres et les buffles comme animaux de trait ou d'élevage, les gazelles, les éléphants, les hippopotames, les rhinocéros et les félins. Sur le vaste herbier des espèces végétales domesticables et riches en énergie, la très grande majorité se trouvaient dans cette région là encore. L'agriculture s'y est donc développé permettant l'apparition précoce de civilisations prospères et de populations nombreuses.

    L'idée de Diamond est que la géographie n'a pas donné à toutes les régions du monde les mêmes chances. Et que pour aggraver les différences entre les continents, certains bénéficient ou souffrent d'orientations différentes. Certains sont orientés selon un axe est-ouest (donc offrant des latitudes constantes sur de grandes étendues) tandis que d'autres sont orientés nord-sud (donc selon des latitudes qui changent nécessairement à mesure qu'on les traverse). La résultante est que la diffusion des techniques d'élevage et de culture de végétaux domestiqués se fait beaucoup facilement et naturellement dans les premiers que dans les seconds. L'histoire des progrès des peuples occupant les différents continents de la planète reflète selon Diamond ce « gradient » naturel de la géographie. Il va répéter cette observation des dizaines de fois tout au long de son ouvrage. Parfois jusqu'à plus soif !

    Les données et les faits mobilisés par l'auteur pour étayer la validité de la thèse et le caractère inéluctable des conséquences de ce « hasard » de l'histoire sont telles qu'il paraît raisonnable d'imaginer qu'il n'est pas proche de la vérité.

    Diamond nous propose donc un « vrai » fil conducteur pour comprendre le fil de l'Histoire. Ce qui fait de ce livre une contribution majeure à l'historiographie. A lire donc pour toute personne à la recherche d'un méta-récit. Mais la critique ne peut s'arrêter là.

    Hélas, de mon point de vue, comme souvent chez les universitaires américains, l'auteur se laisse emporter par ce biais si puissant qu'est l'autoflagellation anti-occidentale et la condamnation sans appel de l'homme blanc. Il s'embarque sans hésiter dans des affirmations qui ne peuvent qu'étonner ou même choquer le lecteur que je suis.
    Il écrit page 250 : « La question [à laquelle s'efforce de répondre l'auteur] est : la physionomie générale de l'histoire du monde eût-elle été sensiblement changée si quelque inventeur de génie n'était point né à tel endroit et à telle époque ? La réponse est claire : le personnage n'existe pas. Tous les inventeurs célèbres et reconnus ont eu des prédécesseurs et des successeurs capables et ils ont réalisé leurs améliorations à une époque où la société était à même d'utiliser leur produit. Toute la tragédie des héros [incompris est qu'ils ont inventé dans une société qui n'était pas mûre pour recevoir leurs inventions]. »

    Vous avez bien lu : Diamond écrit «Le personnage n'existe pas ».

    Sans doute une traduction aléatoire du mot anglais « individual (individu) » ou « character (personne) ».

    Selon Jared Diamond, l'individu, l'inventeur de génie, n'existe pas. On pourrait donc expliquer l'Histoire sans Héraclite, Démocrite, Léonard de Vinci, Copernic, Galilée et Newton. On pourrait donc accepter l'idée, que si un jour de 1905, un obscur ingénieur de l'Institut fédéral des brevets de Berne n'avait pas écrit un papier magistral qui restera connu sous le nom de Relativité restreinte, un autre qu'Albert Einstein s'en serait chargé. Que si Erwin Schrödinger en écrivant en 1943 « Qu'est-ce que la vie » mettant sur la voie Crick et Watson leur permettant de découvrir la structure en double hélice de l'ADN, un autre l'aurait écrit . Bref, qu'il n'existe pas vraiment de génies. Que tous les inventeurs et créateurs s'inscrivent dans une continuité historique qui les porte mais dont ils ne sont en fait pas vraiment les acteurs.

    Cette thèse paraît hallucinante. Que doivent penser Bach, Mozart et Delibes ? Monet et Matisse ? Maxwell et Darwin ?

    Pourquoi ce prisme ? Pourquoi cette inférence si lourde de conséquences épistémologiques ?

    On ne peut, une fois encore, que constater ce prisme philosophique qui reproche éternellement à l'Europe puis à l'Amérique d'avoir pris l'ascendant, tantôt merveilleux de bien faits tantôt funeste de destructions, sur le reste du monde à partir de la Renaissance. C'est sans doute là le fond de ce remarquable ouvrage. Banaliser, dépersonnaliser l'Histoire. Expliquer que le développement, l'inventivité, la créativité sont les résultats des hasards de la géographie plutôt que les fruits d'hommes et de femmes qui ont su plus que d'autres faire preuve de génie. La question peut et doit être débattue, naturellement. Mais peut-on balayer d'un revers de main toutes celles et ceux qui justement ont changé le cours de l'Histoire ?

    C'est donc à une sorte de contre-Histoire de l'humanité que Jared Diamond nous convie. Passionnant mais profondément partisan et biaisé.

    Au lecteur de faire attention à ce qu'il lit et à ce qu'il compte en retenir.

  • L'image

    Laurent Lavaud

    Sur commande

    Fiche de lecture client - Pascal Masi

    L’image

    Textes choisis et présentés par Laurent Lavaud

     

    Ce livre est un recueil de textes provenant de nombreux auteurs qui ont réfléchi d’un point de vue philosophique à la question de « l’image ». J’ai choisi de le lire à la suite du livre de Géraldine Muhlmann intitulé « Pour les faits » car ce dernier s’interroge – entre autres choses – sur les mécanismes qui gouvernent la production de l’information et donc sur la production d’images qui occupent aujourd’hui une place si importante dans ce que nous croyons savoir du monde qui nous entoure. Lavaud citant Blaise Pascal écrit « La raison a beau crier », l’image nous tient désormais sous sa loi . Si l’on pense aux milliards d’heures que l’humanité consacre à « regarder » Tik Tok, les réseaux sociaux et bien sûr les petits et grands écrans, il devient difficile de nier l’ampleur du phénomène…

     

    On retrouve, organisés en quatre parties, des auteurs comme Platon, Aristote et Lucrèce, Hume, Leibniz et Kant, Plotin, Saint Augustin et Thomas d’Aquin, Pascal, Feud et Lacan, enfin Bachelard, Deleuze et Barthes. Et d’autres. On est donc en bonne compagnie.

     

    Il est suivi d’un vade-mecum qui reprend les grands concepts identifiés dans le livre. C’est donc une sorte de dictionnaire pédagogique qui nous est proposé fort habilement par Laurent Lavaud.

     

    Textes denses et très riches et souvent clés pour comprendre ce qu’est l’image. La présentation des textes des auteurs proposée par Laurent Lavaud avant chaque texte est extrêmement bien faite. Souvent plus accessible que les auteurs eux-mêmes !

     

    M’ont paru particulièrement intéressants deux auteurs : Aristote et Pascal

    Aristote qui, le premier, théorisa la structure mentale de chacun en trois niveaux : « l’image » proprement dite qui est le résultat d’une perception physique, la « représentation » de l’image qui va s’ancrer dans la mémoire de chacun de façon totalement individualisée et devenir la matière première de la pensée. Une matière première qui permettra à chacun de construire son analyse et bien sûr son jugement. Ce schéma, corroboré aujourd’hui par la neurobiologie me paraît très convaincant. Il explique pourquoi, contrairement à ce dont s’offusque Mme Muhlmann, il n’y a pas de faits mais – hélas – que des opinions ! L’identification des « faits objectifs, de la matière factuelle »  repose donc sur l’injonction de Bachelard : Il faut penser contre soi-même pour viser la vérité.

     

    Pascal m’a étonné par la modernité de ses observations. Il écrit dans ses « Pensées » (fragment 82) : « Alors que par la raison, la chose n’est que ce qu’elle est, par l’imagination elle vaut ce qu’elle paraît : C’est là ce prix qu’elle seule sait mettre aux choses ».

     

    Yuval Noah Harari a donc raison : « Homo sapiens » vit bien dans deux réalités : la réalité naturelle et la réalité symbolique. La représentation née de chaque image en est la matrice la plus évidente.

     

    Bonne lecture.

  • Le voyage de Shuna

    Hayao Miyazaki

    Coup de coeur de Line

    Le voyage de Shuna

     

    Shuna est un jeune prince vivant dans une région pauvre dû à la stérilité de ses terres. A force de voir la misère dans laquelle vie son peuple, il décide de partir à la recherche d’une graine qui pourrait rendre fertile ses terres. Il s’embarque donc dans un voyage périlleux et rempli de surprises.

     

    J’ai beaucoup aimé ce livre notamment car il a été écrit par Hayao Miyazaki, l’auteur des films d’animation Ghibli. On y retrouve tout son univers et donc de nombreux parallèles à ses films. Nous nous attachons très rapidement au personnage principal. Ce livre est agréable à lire notamment car il ne s’apparente pas à un manga ordinaire, il est en couleurs et comporte de nombreux textes en légendes. J’ajoute que les dessins et couleurs sont très beaux et attirants.

     

    Ce livre est adapté pour les jeunes (8/9 ans).

  • Fruits basket - perfect edition Tome 1

    Natsuki Takaya

    Coup de coeur de Line

    Fruit Basket. Natsuki Takaya, éditions Delcourt-Tonkam

     

    Nous suivons le quotidien de Tohru Yamada, une lycéenne ordinaire, mise à part qu’elle vit sous une tente dans la forêt suite au décès de sa mère. Sa vie va prendre un autre tournant lorsqu’elle va rencontrer Shigure Soma, le cousin d’un de ses camarades de classe, qui va lui proposer de l’héberger en échange de son aide pour les tâches ménagères. Cependant, Thoru va découvrir assez tôt les secrets de la famille Soma et leur lien particulier avec les 12 animaux du zodiac chinois.

     

    J’ai beaucoup aimé ce livre car il sort de l’ordinaire. Nous découvrons de nombreux personnages au fur et à mesure de l’histoire qui sont tous aussi bien attachants les uns que les autres. Le scénario comporte de nombreux flash-back ce qui nous permet de mieux comprendre l’agissement des personnages et leur vécu. De plus, j’ai beaucoup aimé l’idée du zodiac chinois.

     

    Ce livre peut être lu à partir d’un jeune âge (11/12 ans).

  • True beauty Tome 1

    Yaongyi

    Coup de coeur de Line

    True Beauty, Yaongyi, édtions Kbooks

     

    Im Ju-kyeong, une lycéenne, est victime de harcèlement à cause de son visage disgracieux. Un jour, elle décide de prendre un nouveau départ en changeant d’école. Après avoir maîtrisé l’art du maquillage, elle arrive métamorphosée et est adulée par ses nouveaux camarades qui la surnomment la « déesse du lycée ». Néanmoins, va-t-elle réussir à cacher son vrai visage et conquérir le garçon qu’elle aime ?

     

    J’ai beaucoup aimé ce livre car l’histoire est bien plus profonde qu’elle ne laisse paraître. Elle retrace le vécu de nombreuses jeunes filles ce qui nous permet de nous retrouver dans les différents personnages. Cette histoire mêle humour, drame, amitié et amour et est donc pleine de vie. Au cours de la lecture, les dessins sont de plus en plus travaillés ce qui apporte un certain plaisir.

     

    Ce livre est adapté aux jeunes lecteurs (12/13 ans).

  • White blood Tome 1

    Lim Lina

    Coup de coeur de Line

     

    White Blood, Lim Lina, éditions Michel Lafon

     

    Park Hayan est une vampire qui souhaite vivre en paix parmi les humains. Cependant, ceux-ci craignent ces êtres dangereux. Ils souhaitent voir les vampires disparaître en même temps que les meurtres qu’ils commettent. Hayan doit donc cacher sa véritable identité pour vivre une vie paisible. Néanmoins, une rencontre va venir bouleverser son quotidien.

     

    J’ai beaucoup aimé cette série notamment car l’héroïne est unique et téméraire. Nous la voyons évoluer au cours de sa quête ce qui nous attache au personnage. Par ailleurs, l’histoire est écrite de manière à ce que nous prenions part aux recherches d’Hayan et donc, menons aussi notre enquête à ses côtés. J’ajoute que les dessins sont particulièrement beaux ce qui m’a tout de suite attirée.

     

    Cette série peut être lue à partir de l’adolescence (15/16 ans).

  • Sanctuaire

    William Faulkner

    Lu et commenté par le club de littérature américaine

    Sanctuaire, Faulkner. Traduction : R.N. Raimbault et Henri Delgove  

     

    Roman dont le personnage principal est le mal. Le mal gratuit, absurde, sans cause, le mal pour le mal. Popeye apparaît dès la première phrase du roman, privé de menton, c’est « une espèce de gringalet…. à la méchante minceur de l’étain embouti ». Il dégage immédiatement un sentiment malsain et incarne le mal dans toute sa noirceur. Le roman se situe dans le grand sud, dans le comté imaginaire du Yoknapatawpha, comme dans beaucoup de romans de Faulkner, dans une société sur le déclin, très hiérarchisée où règne absence de morale et décadence sociale. Temple Drake, jeune collégienne de bonne famille, part faire la fête avec un ami et se retrouve dans une maison délabrée, refuge de bootleggers qui fabriquent et vendent illégalement de l’alcool.

     

    Le roman tourne au drame et la vie de Temple sera irrémédiablement changée. Les deux personnages qui essaieront de s’opposer à la fatalité, Ruby Lamar, ancienne prostituée, concubine du bootlegger Goodwin et l’avocat Benbow sont impuissants à lutter contre le mal, ils sont capables de le constater mais n’ont aucune prise dessus. D’ailleurs la thématique de ce roman n’est pas la racine du mal, ce sont ses effets. Bien qu’on ait souvent reproché à Faulkner sa misogynie, il décrit ici une société où la sexualité malade des personnages masculins a tout pouvoir sur la sexualité des femmes. L'écriture de Faulkner est hachée. La narration n’est pas chronologique mais bouleversée par des flash-back incessants, des monologues intérieurs qui rendent parfois la lecture difficile bien que ce roman soit beaucoup plus facile à lire que la plupart de ses autres romans.

     

    La description des lieux est remarquablement suggestive : « au-dessus de la dentelure noire et massive d’un bouquet d’arbres, la maison dressa contre le ciel palissant sa carrure sombre et trapus. Carcasse croulante, elle émergeait sombre et délabrée, d’un bouquet de cyprès à l’état sauvage ». Mais un des aspects les plus forts de ce roman peut être est le rôle que Faulkner fait jouer au lecteur. Les faits transgressifs ne sont pas clairement énoncés, c’est « l’imagination » du lecteur qui est sollicitée et par là il devient lui-même complice du « Mal ». Ainsi la scène du viol, (p 130) : « Elle put percevoir comme le bruissement de cette épaisseur du silence que Popeye dut écarter et traverser pour arriver jusqu’à elle, et elle se mit à dire : « Il va m’arriver quelque chose ?.... « Il m’arrive quelque chose ! » hurla-t-elle au vieux assis sur sa chaise au soleil…« Je vous avais bien dit que ça arriverait ! » clamait elle… . Enfin le vieux tourna vers elle son visage vers l’endroit où elle se tordait et se débattait, renversée sur les planches rayées de soleil. « Je vous l’avais bien dit ! je n’ai cessé de le dire ! ». Ou plus loin dans la maison close (p 194) : « Temple ne vit pas, n’entendit pas s’ouvrir la porte de sa chambre. Au bout d’un instant, elle tourna par hasard les yeux de ce côté et y aperçut Popeye, son chapeau sur l’oreille. Sans bruit, il entra, ferma la porte, poussa le verrou, se dirigea vers elle. Tout doucement, elle se renfonça dans le lit, remontant jusqu’au menton les couvertures, et resta ainsi, anxieusement attentive aux gestes de Popeye. Il s’approcha, la regarda. Elle sentit son corps se contracter insensiblement, se dérober dans un isolement aussi absolu que si elle eût été attachée sur le clocher d’une église. Elle sourit à Popeye d’un pauvre sourire humble et gauche, découvrant l’émail de ses dents.

     

    La noirceur de ce livre, l’absence de toute notion de rédemption, l’accumulation de situations sordides ( viol, corruption, alcoolisme, meurtre, lynchage….), ont lassé un certain nombre de lectrices alors que pour d’autres, ce roman est extrêmement fort dans tous les sens du terme en faisant en particulier du lecteur un personnage clé du roman.

    Annie Chanet

     

    Sanctuary by William Faulkner (Vintage International, 1931, 326 p) 

     

    Evil lies at the core of this novel.  Gratuitous, absurd, unwarranted, evil for the sake of evil.  Its presence is felt from the very beginning, in the first pages of the novel.  Popeye has no chin, he is “a man of under size (…) His face had a queer, bloodless color (…) In his slightly akimbo arms, he had that vicious depthless quality of stamped tin.”  (p4) Immediately felt as an unhealthy presence, he is in fact the embodiment of evil in all of its vileness. 

     

    Like many of Faulkner’s novels the story takes place in the South, in the imaginary county of Yoknapatawpha, in a decaying, hierarchical society - a society of rank and privilege marked by social decadence and a total absence of morality.  Temple Drake, a young, well-to-do, socially prominent college student is out partying with a friend and finds herself in a run-down house which serves as a refuge for bootleggers making and selling alcohol illegally.  The story takes a dramatic turn and Temple’s life with be irremediably changed.  Two characters - Ruby Lamar - a former prostitute and concubine of the bootlegger - and Judge Benbow will try in vain to oppose their fate.  They are helpless in their struggle against evil which they can and do perceive but have no hold over.  In fact, the novel is not so much about understanding the root of evil, but rather, about exposing its effects.   Faulkner has often been criticized for his misogyny yet here, he depicts a society where the depraved sexuality of the male characters is all-powerful, with complete authority over the sexuality of women. 

     

    The narrative is fragmented, without regard to chronology, is constantly disrupted by flashbacks and interior monologues, creating a confusion of voices which at times make the reading difficult - although this novel is much easier reading than most of Faulkner’s works. The descriptions of places, in particular, are remarkably evocative:

     “… above a black, jagged mass of trees, the house lifted its stark square bulk against the failing sky.  The house was a gutted ruin rising gaunt and stark out of a grove of unpruned cedar trees” (pp7-8)   

    But one of the most significant aspects of this novel is perhaps the role that the reader is made to play. It is up to the reader’s imagination to recreate the transgressions that are never clearly formulated in the novel, and by so doing the reader becomes an accomplice to “Evil”.  As in the scene of the rape: 

     “She could hear silence in a thick rustling as he moved toward her through it, thrusting it aside, and she began to say Something is going to happen to me.  She was saying it to the old man with the yellow clots for eyes. “Something is happening to me!” she screamed at him, sitting in his chair in the sunlight, his hands crossed on the top of the stick.  “I told you it was!” she screamed, voiding the words like hot silent bubbles into the bright silence about them until he turned his head and the two phlegm-clots above her where she lay tossing and thrashing on the rough, sunny boards. “I told you! I told you all the time!” (p 102f) 

    Or further on in the novel, the scene in the bordello. 

    “Temple neither saw nor heard her door when it opened. She just happened to look toward it after how long she did not know, and saw Popeye standing there, his hat slanted across his face.  Still without making any sound he entered and shut the door and shot the bolt and came toward the bed.  As slowly she began to shrink into the bed, drawing the covers up to her chin, watching him across the covers. He came and looked down at her.  She writhed slowly in a cringing movement, cringing upon herself   in as complete an isolation as though she were bound to a church steeple.  She grinned at him, her mouth warped over the rigid, placative porcelain of her grimace. (p 158) 

     

    Some of us were overwhelmed by the dark and brutal story, by the total absence of redemption, and by the accumulation of sordid situations (rape, corruption, alcoholism, murder, and lynching), while for others, the novel is compelling, powerful in every sense of the word, particularly in the way the reader becomes a key character of the novel. 

     

    Traduction: Aliki Kostakis

     

  • Au pays des choses dernières

    Paul Auster

    Lu et commenté par le club de littérature américaine

    Au pays des choses dernières (initialement intitulé Le voyage d’Anna Blume) de Paul Auster.

    Traduction. Patrick Ferragut

     

    Très grand roman dystopique, véritable choc littéraire pour la plupart d’entre nous. Le personnage principal Anna écrit à un ami resté au pays d’origine et décrit la vie dans cette ville « des choses dernières » où elle est venue à la recherche de son frère. Aucune indication de lieu ni de temporalité pour cette ville de terreur et de destruction, coupée du monde extérieur et dont il semble impossible de sortir. Ville peuplée de sans-abris réduits aux stratégies de survie les plus odieuses. Ville divisée en sectes (les Nettoyeurs, les Spectres, les Coureurs, les Sauteurs, les Charognards…) qui gravitent autour de la récupération des déchets et de la mort. « Il y a quand même ceux d’entre nous qui réussissent à vivre. Car la mort aussi est devenue source de vie ».

     

    Dans cette cité de terreur, Anna va malgré tout survivre et ce, grâce à l’amitié d’Isabelle, à l’amour de Sam et de Victoria, grâce à la littérature « Le livre de Sam est devenu la chose la plus importante de ma vie. J’ai pris conscience que tant que nous n’arrêtions pas d’y travailler, la notion d’un avenir possible continuerait à exister pour nous ». Grâce aussi à un engagement envers les plus défavorisés. Cependant, au fur à mesure que la situation empire, ce ne sont plus ces « aides » qui permettent de survivre mais leur charge symbolique.

     

    Concernant les livres : « Les livres nous ont servi à nous chauffer pendant cet hiver…je sais que c’est épouvantable mais nous n’avions pas vraiment le choix…L’ironie de la chose ne m’échappe pas- passer tous ces mois à travailler à un livre en même temps que nous brûlions des centaines d’autres ouvrages pour nous tenir chaud ». De même concernant l’aide humanitaire : « il y avait trop de gens à aider et pas assez de gens pour les aider. On pouvait travailler tant qu’on voulait, il n’y avait aucune possibilité de ne pas échouer…. Sauf si on acceptait la totale futilité de ce travail »

     

    Sorti en 1987, ce roman rappelle de grandes œuvres dystopiques tels le film « Soleil Vert » (1973) tiré du livre de Harry Harrisson, le roman « La servante écarlate » de Margaret Atwood ( 1985), le roman « 1984 » de Georges Orwell (1949). Il est pétri de références littéraires : T. Beckett, F. Kafka mais aussi N. Hawthorne (Mosses From an Old Manse, 1848). Ce livre d’une perfection formelle remarquable est peut-être le plus beau livre de P. Auster. Il a cependant rebuté certaines qui ont en particulier noté un manque de cohérence du propos révélé par le fait que la lettre d’Anna nous arrive alors qu’une idée maitresse du roman est l’impossibilité de sortir de cette ville.

     

     

    In the Country of Last Things by Paul Auster

     

    An extraordinary dystopian novel and startling literary discovery for most of us .

    The main character, Anna, is writing a letter to a friend who has remained in their country of origin; she describes the life in the “city of last things” where she has come searching for her missing brother. There is no indication of time or place in this city of terror and destruction, cut off from the outside world with no escape possible. It is a city inhabited by the homeless who resort to the most vile strategies in order to survive. A city divided among sects - the Cleaners, the Specters, the Runners. The Leapers, the Scavengers - all of whom revolve around death and the recovery of waste. Still, there are those of us who manage to live. For death too, has become a source of life.  In this terror-ridden city Anna will nevertheless manage to survive, thanks to her friendship with Isabel, to the love of Sam and Victoria, and to literature (...) Sam’s book became the most important thing in my life.

     

    As long as we kept working on it, I realized, the notion of a possible future would continue to exist for us. Thanks also to her committment toward the under- privileged. However, as the situation worsens, it is no longer these “aids” that make it possible to survive, but rather the symbolic force they exert: concerning books: The books were how we kept warm during the winter. (...) I know it sounds like a terrible thing to have done, but we really didn’t have much choice. (...) The irony does not escape me, of course - to have spent all those months working on a book and at the same time to have burned hundreds of other books to keep ourselves warm. Similarly, concerning humanitarian aid: There were too many people to be helped and not enough people to help them. (...) No matter how hard you worked there was no chance you were not going to fail. (...) Unless you were willing to accept the utter futility of the job (...).

     

    Published in 1987, this novel is reminiscent of other noteworthy dystopian works such as the film “Soylent Green” [1973] based on the book by Harry Harrisson, Margaret Atwood’s novel “The Handmaiden’s Tale” [1985] , and “1984” by George Orwell [1949]. and is filled with literary references: Beckett, Kafka and Hawthorne .(”Mosses From an Old Manse” [1848]), among others. Its structure is remarkable, to the point of near perfection.

     

    The book is perhaps Auster’s best Yet it did not appeal to all of us who who pointed out the novel’s lack of coherence in that Anna’s letter did, in the end, reach its destination while the the underlying idea that is pervasive throughout the novel is the impossiblity of escape from this city.

     

  • Le troisième chimpanzé

    Jared Diamond

    Fiche de lecture client (Pascal Masi)

    Le Troisième chimpanzé

     

    Il est des auteurs qui « boxent » dans une division hors catégorie. De ceux qui font partie d’un club très fermé tant ils semblent dominer leur sujet.

     

    Jared Diamond est de ceux-là.

     

    Un géant de la connaissance comme on en croise peu dans une vie de lecture comme l’est la mienne. Il connaît tout sur tout ou presque !

     

    Ethnologue, géographe, historien, biologiste, généticien, entomologiste, botaniste, paléoanthropologue, scientifique internationalement reconnu et philosophe de haute volée, professeur à Harvard, véritable humaniste, érudit comme personne (il va sans dire), homme de terrain et spectateur engagé doté d’une faim de tout comprendre ! Rien que ça. Il entre pour moi dans ce cercle très fermé de ces « géants » qui ont su au cours des temps nous proposer des "synthèses universelles ", des "méta récits" comme ont pu le faire Carl Sagan, Ernest Renan,  Erwin Schrödinger, Ilya Prigogine, Hubert Reeves, Eric  Chaisson, Raymond Aron, Arnold Toynbee et peut-être même Yuval Noah Hariri et puis sûrement quelques autres.

     

    C’est dire si l’ampleur et la profondeur du propos sont rares et précieuses. Le sujet : Qu’est-ce que l’homme ?

    Sans doute la plus ancienne de toutes les interrogations humaines.

     

    Diamond passe tout en revue : notre place dans l’arbre de la diversification du vivant, les différents chemins évolutifs propres aux grands singes (dont nous faisons résolument partie -- d’où le titre), les grandes mutations génétiques qui nous ont conduit à prendre le large vis-à-vis des autres grands singes il y a quelques 8 millions d’années puis il y a 60 000 ou 70 000 ans, des autres branches du genre Homo.  Il aborde avec intelligences les origines probables de notre capacité à inventer un langage complexe qui va bien au-delà de tous les systèmes de communication rencontrés dans le règne animal. Puis le rôle de sélection sexuelle en plus de la sélection naturelle. Il examine en détail si notre capacité à nous entre-tuer massivement les uns les autres existe également chez les animaux. Il parvient à conclure avec brio que cette funeste disposition n’a pas d’équivalent dans le monde animal.

     

    Comme on le voit, tout y passe.

     

    C’est ainsi que Jared Diamond montre -- et démontre -- pourquoi il existe bien un « propre de l’homme ».

    Et je dois dire que parvenu à la dernière page de cette somme de 650 pages, il m’a largement convaincu. Je n’avais d’ailleurs pas beaucoup de doutes !

     

    Nous les Sapiens sommes des êtres à part. Ce qui nous crée des droits particuliers et bien-sûr des devoirs particuliers vis-à-vis de notre propre espèce, de tout le vivant auquel nous appartenons et il va sans dire de la planète elle-même.

     

    Une œuvre magistrale.

     

    Pascal Masi

  • Pour les faits

    Géraldine Muhlmann

    Fiche de lecture client (Pascal Masi)

    La quatrième de couverture commence par ces mots : « Nous n’arrivons même plus à nous mettre d’accord sur les faits. » La première question que je me suis posée fut, en commençant ce petit opus de 158 pages : Mais avons-nous jamais été d’accord sur les faits ?

     

    Par cette simple question, nous voilà entrés de plain-pied dans cet essai.

     

    L’objectif de ce petit opus de Géraldine Muhlmann (GM) est de réfléchir à la façon dont opère la fabrication de l’information (le journalisme, pour faire court) dans notre pays et dans le monde occidental pour tenter de rapporter des « faits » aux citoyens, aux lecteurs, aux spectateurs, aux internautes, d’en comprendre les évolutions et de saisir quels sont les impacts de la multiplication des supports d’information qui envahissent nos vies (ce qu’elle nomme la virtualisation du monde). Il ne traite pas de ce qui se passe dans les systèmes politiques illibéraux ou dictatoriaux.

     

    L’auteure est diplômée d’écoles de journalisme française et américaine et agrégée de philosophie de Normal sup. Elle est enseignante à la Sorbonne, journaliste, écrivaine et anime depuis des longtemps diverses émissions à la télévision et à la radio. Elle anime en particulier avec un immense talent l’émission « Avec philosophie » chaque jour sur France Culture.  Elle semble donc parfaitement placée pour aborder ces sujets.

     

    Quelques remarques sur la forme d’abord : GM consacre de très nombreux passages à l’histoire du journalisme américain (en 1830 à nos jours) et notamment à l’invention du concept de reporter : ce « témoin des faits ». J’ai trouvé que l’auteur avait la main très lourde sur ce point. Les citations, les ouvrages et références américaines viennent obérer la pertinence du propos s’agissant de la presse telle qu’elle existe dans notre pays. Trop d’exemples sont tirées de l’histoire américaine et semblent peu transposables à l’analyse appliquée à la situation française. A l’inverse, lorsque l’auteure « décortique » l’émission de Cyril Hanouna, TPMP, (p. 76) le passage est extraordinairement éclairant. Même chose pour les grands JT de la télévision (p. 61). J’aurais vraiment aimé d’autres exemples de ce type.

     

    De surcroît, le recours systématique à de très nombreux mots, expressions, citations en américain m’a semblé exagéré. Non, que je ne comprenne pas l’anglais (j’ai passé 7 ans aux États-Unis), mais l’auteure semble nous dire que notre langue n’est pas en mesure d’exprimer avec exactitude la complexité du propos. Prisme étonnant.

     

    Sur le fond : De très nombreux concepts importants sont étudiés avec minutie et un salutaire recul historique. Et c’est heureux : notion de « matière factuelle » ou factualité, « d’observateur impartial » -- beaucoup plus complexe qu’on ne le pense généralement --, de confiance (dans la vérité d’un témoignage), de l’idée que se fait une rédaction de son « public » et de ses centres d’intérêt, notion d’usage de l’outil statistique pour construire des faits en matière d’étude des phénomènes du vivant, comme on dit en biologie, enfin l’opposition de nature entre « récit » et « discours ».

     

    On le voit, les concepts abordés sont nombreux et naturellement extrêmement importants lorsqu’on se propose d’étudier de tels sujets. La formation philosophique de l’auteure est d’un grand secours en la matière. C’est en cela que l’ouvrage est intéressant.

     

    Mais ce prisme philosophique est aussi une grande faiblesse.

     

    GM ne fait aucun recours aux travaux des scientifiques qui ont déjà alimenté ce débat complexe : je pense au physicien Boltzmann, longuement repris pas l’immense Ilya Prigogine, et qui a puissamment montré que seul l’outil statistique permet de rendre compte de certains phénomènes non pas comme une approximation construite mais comme seul outil scientifique compatible avec la complexité du phénomène observé.

     

    Et je pense naturellement aux travaux du sociologue Gérald Bronner et à ses fameux biais cognitifs. Difficile de comprendre ce qui est à l’œuvre sans une connaissance de ces biais.

     

    Et puis lorsqu’on parle de « virtualisation du monde », il est quand même étonnant de ne pas citer Ray Kurzweil et le fameux Postulat de Moore. Dès 2005, tout ou presque a été dit sur les conséquences inévitables de la numérisation du monde et notamment des processus de production numérique de l’information. Etonnant !

     

    L’auteure termine son propos par l’idée que la « crise » du journalisme serait dûe à l’idée généralisée selon laquelle le « monde serait hostile ».

     

    Réfléchissant aux mêmes sujets, Alain Duhamel, dans son dernier ouvrage propose l’explication suivante : le monde évolue à très grande vitesse. Chacun est soumis à un torrent planétaire d’informations instantanées que personne ne peut vraiment absorber à l’exception des esprits bien « préparés », écrit-il. Seuls ceux-ci semblent en mesure de faire face à ce phénomène sans en conclure que le « monde est nécessairement hostile ». Une explication que GM aurait pu fournir tant elle connaît bien ces sujets.

     

    En conclusion, un ouvrage un peu curieux, touffus, riche, utile par ces temps de réseaux sociaux envahissants, mais qui s’égare quelque peu dans des considérations philosophiques très – trop ? – nombreuses et dans une absence de considération – ou de connaissance ? – des outils scientifiques mis à notre disposition par les chercheurs des deux derniers siècles sur ces mêmes thèmes.

  • L'enracinement ; prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain

    Simone Weil

    Sur commande

    Fiche de lecture client ( Pascal Masi)

    Texte écrit début 1943, alors que Simone Weil était réfugiée à Londres. Elle enrageait de ne pouvoir rejoindre les unités combattantes de la Résistance dans la France occupée. A Londres, pour les chefs de la France libre, elle était considérée ingérable et ne reçut pas l'autorisation de partir combattre. Par dépit, sans doute, pensant être sous-utilisée, elle écrira cet opus d'un seul jet. Il est considéré aujourd'hui comme une sorte de testament philosophique, politique et spirituel car elle mourra peu de temps après d'épuisement, de sous-alimentation et de la tuberculose. Nous étions en août 1943.

    C'est un texte remarquable et d'une extraordinaire richesse. Mêlant les registres de la politique, de l'histoire, de la philosophie, de l'organisation sociale des pays et de théologie, l'auteure réfléchit à ce qui a causé la déroute de Juin 40, aux ressorts des montées aux extrêmes qui se répandent alors sur toute l'Europe comme un cancer et imagine les contours de ce que pourrait être l'après-guerre, c'est-à-dire le temps qui suivra le naufrage.

    Qu'est-ce qui pourrait donner à la France les outils nécessaires à sa reconstruction ? Que pourrait aimer les Français si ce n'est une France nouvelle et éternelle ? Traumatisés par la défaite, par la guerre et par les terribles blessures de 
    la Grande Guerre qui ne sont bien évidemment pas encore guéries en ce début 1943 ? Des interrogations vertigineuses qui vous prennent aux tripes, des propositions déroutantes et parfois géniales, des rêves d'un monde – enfin meilleur – dont on si dit que s'il était advenu, la Terre sera redevenue l'Eden qu'elle n'aurait jamais cessé d'être. Des impasses aussi, il faut bien le reconnaître.

    Mais cela Simone Weil pouvait-elle le savoir ? Pouvait-elle-même survivre à l'idée que ses fulgurances ne verraient jamais le jour ? Se laissant mourir, on imagine sans jamais pouvoir trancher ce qu'elle pensa vraiment possible.

     

  • Méridien de sang

    Cormac McCarthy

    Lu et commenté par le club de lecture de littérature américaine

     

    Meridien de sang. Cormac Mc Carthy. Traduction : François Hirsch

     

    Roman violent, roman sanglant à l’atmosphère de western qui commence ainsi : "Voici l’enfant. Il est pâle et maigre, sa chemise de toile est mince et en lambeaux. Il tisonne le feu près de la souillarde. Dehors s’étendent des terres sombres, retournées, piquées de lambeaux de neige, et plus sombre au loin des bois où s’abritent encore les derniers loups. Sa famille, ce sont des tâcherons, fendeurs de bois et puiseurs d’eau, mais en vérité son père a été maître d’école. Il ne dessoûle jamais, il cite des poètes dont les noms sont maintenant oubliés. Le petit est accroupi devant le feu et l’observe."

    L’action se passe dans les années 1840 et c’est cet enfant, dénommé ensuite le gamin et dans les dernières pages l’homme qu’on suit alors qu’il a quitté son « foyer » au Tennessee et qu’il s’engage dans une armée de mercenaires tueurs d’Indiens, payés au scalp, pillant, brûlant, massacrant tout sur leur passage («une meute d'humains à la mine cruelle ». Cette armée est guidée par 2 personnages clés du roman : Glanton, inspiré d’un personnage réel (1819-1850) qui était un mercenaire sanguinaire auto proclamé, chef d’un clan d’assassins chassant les Apaches à la frontière du Mexique et le Juge Holden, personnage principal du roman. Le Juge Holden est un « savant » à la connaissance encyclopédique qui connait les langues, les astres, le nom de plantes, la musique…C’est avant tout un psychopathe démoniaque dont la férocité n’a d’égale que sa volonté absolue de maitriser l’univers et dont le but est d’être « vraiment le suzerain de la terre…. Cette terre m’appartient dit-il, c’est ma concession…. , Pour qu’elle m’ appartienne vraiment rien ne doit pouvoir s’y produire sans mon consentement …. Pour moi, la liberté des oiseaux est une insulte ». Par certains aspects, la sauvagerie du personnage et son ascendant évoque la personne de Kurtz dans « Au cœur des ténèbres » de J. Conrad 

    Les atrocités de cette bande meurtrière sont décrites par le menu et la lecture en est parfois insoutenable :  « l'un des Delawares émergea de la fumée en tenant dans chaque main un nouveau-né qui se balançait et il s'accroupit devant la bordure de pierre d'une fosse à fumier et il les projeta chacun son tour par les talons et leur fracassa le crâne contre les pierres, faisant exploser la cervelle qui jaillit en bouillie sanglante par la fontanelle » 

    Ce roman sanglant, truffé de références religieuses ne laisse aucun espoir, aucun salut.

    Il se déroule dans une nature grandiose« Ils passèrent par une haute prairie tapissée de fleurs sauvages, des arpents de séneçon doré et de zinnia et des volubilis bleu et une vaste plaine de petits bouquets de toutes sortes s’étendant à l’infini comme un batik jusqu’aux flancs striés de plus lointaines corniches bleuies de brume et les chaines diamantines surgies du néant comme le dos de monstres marins dans une aube dévonienne. » 

    Une écriture coup de poing, « l’hurlante obscurité », une écriture rude, des phrases longues, pratiquement pas de virgules, des descriptions parfois difficilement soutenables, un texte truffé de références bibliques, Cormac Mc Carthy nous livre là une vision bien différente de la vision habituelle de la Conquête de l’Ouest. La violence de ce roman fait référence en fait à l’implacable brutalité de cette conquête et à l’idée de la Destinée Manifeste. 

    Certaines d’entre nous ont trouvé la sauvagerie de ce roman insoutenable alors que beaucoup considèrent qu’il s’agit un chef d’œuvre. Cependant toutes ont été fascinées par la splendeur de l'écriture, écriture poétique et âpre, écriture à couper le souffle qui rappelle les grands récits fondateurs de la littérature. 

                                                                            Annie Chanet-Sainsard

     

     

     

    Blood Meridian by Cormac McCarthy (1985) 354 p

    Grounded in the Western genre, blood-soaked violence is at the core of this novel.

    It opens with these lines:

    “ SEE THE CHILD. He is pale and thin, he wears a thin and ragged linen shirt. He stokes the

    scullery fire. Outside lie dark turned fields with rags of snow and darker woods beyond that

    harbor yet a few last wolves. His folk are known for hewers of wood and drawers of water

    but in truth his father has been a schoolmaster. He lies in drink, he quotes from poets whose

    names are now lost. The boy crouches by the fire and watches him”.

    Set in the 1840’s it is the life of this child - later called “The Kid” and in the final

    pages “The Man” – that we follow after he has left his “home” in Tennessee and enlists in an

    army of scalp-hunting mercenaries, who hunt and kill Indians, pillaging, burning,

    slaughtering, destroying everything in their path: “a pack of vicouslooking humans”.

    The army is led by the two major characters of the novel: One of them - Glanton -

    (based on a true life story (1819-1850) ) is a self-proclaimed commander-in-chief, a

    bloodthirsty mercenary in charge of a gang of murderers who hunt Apaches at the Mexican

    border, and Judge Holden, the protagonist of the novel. Judge Holden is erudite - a

    “scholar” - with encyclopedic knowledge; he is cognizant of languages, the stars, the names

    of plants, music… He is above all a demonic psychopath whose ferociousness is only equaled

    by his overpowering desire to conquer the universe, whose aim is to become

    “properly suzerain of the earth (…) [He] placed his hands on the ground. (…) This is my claim

    he said. (..)In order for it to be mine nothing must be permitted to occur upon it save by my

    dispensation. (…) The freedom of birds is an insult to me”

    In certain respects the savagery of the Judge and the powerful influence he exerts

    over others is reminiscent of Kurtz, the protagonist in Conrad’s Heart of Darkness.

    The atrocities committed by this murderous gang are described in such detail that it

    makes it painful to get through them:

    « (…) one of the Delawares emerged from the smoke with a naked infant dangling in each

    hand and squatted at a ring of midden stones and swung the by the heels each in turn and

    bashed their heads against the stones so that the brains burst forth through the fontanel

    (…).” (pp164-165)

    The novel brims with gore, is full of religious references and leaves no room for hope

    or salvation. It unfolds against a backdrop of nature at its most grandiose:

    “They passed through a highland meadow carpeted with wildflowers, acres of golden

    groundsel and zinnia and deep purple gentian and wild vines of blue morninglory and a vast

    plain of varied small blooms reaching onward like a gingham print to the farthest serried

    rimlands blue with haze and the adamantine ranges rising out of nothing like the backs of

    seabeasts in a Devonian dawn.” ( p197).

     

    The style can be pungent, gripping, “the howling darkness” (a slap-in-the-face to

    readers with long, run-on sentences, hardly any commas, with descriptions so gruesome

    they become barely readable, alongside myriad Biblical allusions: Cormac McCarthy’s vision

    is at odds with the more commonly held vision of the conquest of the American west. The

    violence mirrors, in fact, the implacable brutality of westward expansion and the idea of

    Manifest Destiny.

    Some of us found the savagery depicted in the novel unbearable while others

    considered the novel a masterpiece. All of us were nonetheless fascinated by the

    extraordinary beauty of the prose – poetic, harsh, breathtaking - which places the novel

    among the great founding works of literature.

    Traduction: Aliki Kostakis

  • Sombres citrouilles

    Malika Ferdjoukh

    Demndé par Mme Tessonneau

    5ème collège Juliette Adam

  • Au revoir là-haut

    Pierre Lemaitre

    Demandé par Mme Tessonneau

    3ème collège Juliette Adam

  • Ruy Blas

    Victor Hugo

    Demandé par M. Kerdraon

    2nd LVC

  • Le Cid

    Pierre Corneille

    Demandé par M. Kerdraon

    2nd LVC

  • 1984

    George Orwell

    Sur commande

    Demandé par M. Kerdraon

    2nd LVC

  • La symphonie pastorale

    André Gide

    Demandé par M. Kerdraon

    2nd LVC

  • Nouvelles

    Joris-Karl Huysmans

    Demandé par M. Kerdraon

    2nd LVC

  • Histoire d'une grecque moderne

    Abbé Prévost

    Sur commande

    Demandé par M. Kerdraon

    2nd LVC

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