Mots du libraire

  • Fruits basket - perfect edition Tome 1

    Natsuki Takaya

    Coup de coeur de Line

    Fruit Basket. Natsuki Takaya, éditions Delcourt-Tonkam

     

    Nous suivons le quotidien de Tohru Yamada, une lycéenne ordinaire, mise à part qu’elle vit sous une tente dans la forêt suite au décès de sa mère. Sa vie va prendre un autre tournant lorsqu’elle va rencontrer Shigure Soma, le cousin d’un de ses camarades de classe, qui va lui proposer de l’héberger en échange de son aide pour les tâches ménagères. Cependant, Thoru va découvrir assez tôt les secrets de la famille Soma et leur lien particulier avec les 12 animaux du zodiac chinois.

     

    J’ai beaucoup aimé ce livre car il sort de l’ordinaire. Nous découvrons de nombreux personnages au fur et à mesure de l’histoire qui sont tous aussi bien attachants les uns que les autres. Le scénario comporte de nombreux flash-back ce qui nous permet de mieux comprendre l’agissement des personnages et leur vécu. De plus, j’ai beaucoup aimé l’idée du zodiac chinois.

     

    Ce livre peut être lu à partir d’un jeune âge (11/12 ans).

  • True beauty Tome 1

    Yaongyi

    Coup de coeur de Line

    True Beauty, Yaongyi, édtions Kbooks

     

    Im Ju-kyeong, une lycéenne, est victime de harcèlement à cause de son visage disgracieux. Un jour, elle décide de prendre un nouveau départ en changeant d’école. Après avoir maîtrisé l’art du maquillage, elle arrive métamorphosée et est adulée par ses nouveaux camarades qui la surnomment la « déesse du lycée ». Néanmoins, va-t-elle réussir à cacher son vrai visage et conquérir le garçon qu’elle aime ?

     

    J’ai beaucoup aimé ce livre car l’histoire est bien plus profonde qu’elle ne laisse paraître. Elle retrace le vécu de nombreuses jeunes filles ce qui nous permet de nous retrouver dans les différents personnages. Cette histoire mêle humour, drame, amitié et amour et est donc pleine de vie. Au cours de la lecture, les dessins sont de plus en plus travaillés ce qui apporte un certain plaisir.

     

    Ce livre est adapté aux jeunes lecteurs (12/13 ans).

  • White blood Tome 1

    Lim Lina

    Coup de coeur de Line

     

    White Blood, Lim Lina, éditions Michel Lafon

     

    Park Hayan est une vampire qui souhaite vivre en paix parmi les humains. Cependant, ceux-ci craignent ces êtres dangereux. Ils souhaitent voir les vampires disparaître en même temps que les meurtres qu’ils commettent. Hayan doit donc cacher sa véritable identité pour vivre une vie paisible. Néanmoins, une rencontre va venir bouleverser son quotidien.

     

    J’ai beaucoup aimé cette série notamment car l’héroïne est unique et téméraire. Nous la voyons évoluer au cours de sa quête ce qui nous attache au personnage. Par ailleurs, l’histoire est écrite de manière à ce que nous prenions part aux recherches d’Hayan et donc, menons aussi notre enquête à ses côtés. J’ajoute que les dessins sont particulièrement beaux ce qui m’a tout de suite attirée.

     

    Cette série peut être lue à partir de l’adolescence (15/16 ans).

  • Sanctuaire

    William Faulkner

    Lu et commenté par le club de littérature américaine

    Sanctuaire, Faulkner. Traduction : R.N. Raimbault et Henri Delgove  

     

    Roman dont le personnage principal est le mal. Le mal gratuit, absurde, sans cause, le mal pour le mal. Popeye apparaît dès la première phrase du roman, privé de menton, c’est « une espèce de gringalet…. à la méchante minceur de l’étain embouti ». Il dégage immédiatement un sentiment malsain et incarne le mal dans toute sa noirceur. Le roman se situe dans le grand sud, dans le comté imaginaire du Yoknapatawpha, comme dans beaucoup de romans de Faulkner, dans une société sur le déclin, très hiérarchisée où règne absence de morale et décadence sociale. Temple Drake, jeune collégienne de bonne famille, part faire la fête avec un ami et se retrouve dans une maison délabrée, refuge de bootleggers qui fabriquent et vendent illégalement de l’alcool.

     

    Le roman tourne au drame et la vie de Temple sera irrémédiablement changée. Les deux personnages qui essaieront de s’opposer à la fatalité, Ruby Lamar, ancienne prostituée, concubine du bootlegger Goodwin et l’avocat Benbow sont impuissants à lutter contre le mal, ils sont capables de le constater mais n’ont aucune prise dessus. D’ailleurs la thématique de ce roman n’est pas la racine du mal, ce sont ses effets. Bien qu’on ait souvent reproché à Faulkner sa misogynie, il décrit ici une société où la sexualité malade des personnages masculins a tout pouvoir sur la sexualité des femmes. L'écriture de Faulkner est hachée. La narration n’est pas chronologique mais bouleversée par des flash-back incessants, des monologues intérieurs qui rendent parfois la lecture difficile bien que ce roman soit beaucoup plus facile à lire que la plupart de ses autres romans.

     

    La description des lieux est remarquablement suggestive : « au-dessus de la dentelure noire et massive d’un bouquet d’arbres, la maison dressa contre le ciel palissant sa carrure sombre et trapus. Carcasse croulante, elle émergeait sombre et délabrée, d’un bouquet de cyprès à l’état sauvage ». Mais un des aspects les plus forts de ce roman peut être est le rôle que Faulkner fait jouer au lecteur. Les faits transgressifs ne sont pas clairement énoncés, c’est « l’imagination » du lecteur qui est sollicitée et par là il devient lui-même complice du « Mal ». Ainsi la scène du viol, (p 130) : « Elle put percevoir comme le bruissement de cette épaisseur du silence que Popeye dut écarter et traverser pour arriver jusqu’à elle, et elle se mit à dire : « Il va m’arriver quelque chose ?.... « Il m’arrive quelque chose ! » hurla-t-elle au vieux assis sur sa chaise au soleil…« Je vous avais bien dit que ça arriverait ! » clamait elle… . Enfin le vieux tourna vers elle son visage vers l’endroit où elle se tordait et se débattait, renversée sur les planches rayées de soleil. « Je vous l’avais bien dit ! je n’ai cessé de le dire ! ». Ou plus loin dans la maison close (p 194) : « Temple ne vit pas, n’entendit pas s’ouvrir la porte de sa chambre. Au bout d’un instant, elle tourna par hasard les yeux de ce côté et y aperçut Popeye, son chapeau sur l’oreille. Sans bruit, il entra, ferma la porte, poussa le verrou, se dirigea vers elle. Tout doucement, elle se renfonça dans le lit, remontant jusqu’au menton les couvertures, et resta ainsi, anxieusement attentive aux gestes de Popeye. Il s’approcha, la regarda. Elle sentit son corps se contracter insensiblement, se dérober dans un isolement aussi absolu que si elle eût été attachée sur le clocher d’une église. Elle sourit à Popeye d’un pauvre sourire humble et gauche, découvrant l’émail de ses dents.

     

    La noirceur de ce livre, l’absence de toute notion de rédemption, l’accumulation de situations sordides ( viol, corruption, alcoolisme, meurtre, lynchage….), ont lassé un certain nombre de lectrices alors que pour d’autres, ce roman est extrêmement fort dans tous les sens du terme en faisant en particulier du lecteur un personnage clé du roman.

    Annie Chanet

     

    Sanctuary by William Faulkner (Vintage International, 1931, 326 p) 

     

    Evil lies at the core of this novel.  Gratuitous, absurd, unwarranted, evil for the sake of evil.  Its presence is felt from the very beginning, in the first pages of the novel.  Popeye has no chin, he is “a man of under size (…) His face had a queer, bloodless color (…) In his slightly akimbo arms, he had that vicious depthless quality of stamped tin.”  (p4) Immediately felt as an unhealthy presence, he is in fact the embodiment of evil in all of its vileness. 

     

    Like many of Faulkner’s novels the story takes place in the South, in the imaginary county of Yoknapatawpha, in a decaying, hierarchical society - a society of rank and privilege marked by social decadence and a total absence of morality.  Temple Drake, a young, well-to-do, socially prominent college student is out partying with a friend and finds herself in a run-down house which serves as a refuge for bootleggers making and selling alcohol illegally.  The story takes a dramatic turn and Temple’s life with be irremediably changed.  Two characters - Ruby Lamar - a former prostitute and concubine of the bootlegger - and Judge Benbow will try in vain to oppose their fate.  They are helpless in their struggle against evil which they can and do perceive but have no hold over.  In fact, the novel is not so much about understanding the root of evil, but rather, about exposing its effects.   Faulkner has often been criticized for his misogyny yet here, he depicts a society where the depraved sexuality of the male characters is all-powerful, with complete authority over the sexuality of women. 

     

    The narrative is fragmented, without regard to chronology, is constantly disrupted by flashbacks and interior monologues, creating a confusion of voices which at times make the reading difficult - although this novel is much easier reading than most of Faulkner’s works. The descriptions of places, in particular, are remarkably evocative:

     “… above a black, jagged mass of trees, the house lifted its stark square bulk against the failing sky.  The house was a gutted ruin rising gaunt and stark out of a grove of unpruned cedar trees” (pp7-8)   

    But one of the most significant aspects of this novel is perhaps the role that the reader is made to play. It is up to the reader’s imagination to recreate the transgressions that are never clearly formulated in the novel, and by so doing the reader becomes an accomplice to “Evil”.  As in the scene of the rape: 

     “She could hear silence in a thick rustling as he moved toward her through it, thrusting it aside, and she began to say Something is going to happen to me.  She was saying it to the old man with the yellow clots for eyes. “Something is happening to me!” she screamed at him, sitting in his chair in the sunlight, his hands crossed on the top of the stick.  “I told you it was!” she screamed, voiding the words like hot silent bubbles into the bright silence about them until he turned his head and the two phlegm-clots above her where she lay tossing and thrashing on the rough, sunny boards. “I told you! I told you all the time!” (p 102f) 

    Or further on in the novel, the scene in the bordello. 

    “Temple neither saw nor heard her door when it opened. She just happened to look toward it after how long she did not know, and saw Popeye standing there, his hat slanted across his face.  Still without making any sound he entered and shut the door and shot the bolt and came toward the bed.  As slowly she began to shrink into the bed, drawing the covers up to her chin, watching him across the covers. He came and looked down at her.  She writhed slowly in a cringing movement, cringing upon herself   in as complete an isolation as though she were bound to a church steeple.  She grinned at him, her mouth warped over the rigid, placative porcelain of her grimace. (p 158) 

     

    Some of us were overwhelmed by the dark and brutal story, by the total absence of redemption, and by the accumulation of sordid situations (rape, corruption, alcoholism, murder, and lynching), while for others, the novel is compelling, powerful in every sense of the word, particularly in the way the reader becomes a key character of the novel. 

     

    Traduction: Aliki Kostakis

     

  • Au pays des choses dernières

    Paul Auster

    Lu et commenté par le club de littérature américaine

    Au pays des choses dernières (initialement intitulé Le voyage d’Anna Blume) de Paul Auster.

    Traduction. Patrick Ferragut

     

    Très grand roman dystopique, véritable choc littéraire pour la plupart d’entre nous. Le personnage principal Anna écrit à un ami resté au pays d’origine et décrit la vie dans cette ville « des choses dernières » où elle est venue à la recherche de son frère. Aucune indication de lieu ni de temporalité pour cette ville de terreur et de destruction, coupée du monde extérieur et dont il semble impossible de sortir. Ville peuplée de sans-abris réduits aux stratégies de survie les plus odieuses. Ville divisée en sectes (les Nettoyeurs, les Spectres, les Coureurs, les Sauteurs, les Charognards…) qui gravitent autour de la récupération des déchets et de la mort. « Il y a quand même ceux d’entre nous qui réussissent à vivre. Car la mort aussi est devenue source de vie ».

     

    Dans cette cité de terreur, Anna va malgré tout survivre et ce, grâce à l’amitié d’Isabelle, à l’amour de Sam et de Victoria, grâce à la littérature « Le livre de Sam est devenu la chose la plus importante de ma vie. J’ai pris conscience que tant que nous n’arrêtions pas d’y travailler, la notion d’un avenir possible continuerait à exister pour nous ». Grâce aussi à un engagement envers les plus défavorisés. Cependant, au fur à mesure que la situation empire, ce ne sont plus ces « aides » qui permettent de survivre mais leur charge symbolique.

     

    Concernant les livres : « Les livres nous ont servi à nous chauffer pendant cet hiver…je sais que c’est épouvantable mais nous n’avions pas vraiment le choix…L’ironie de la chose ne m’échappe pas- passer tous ces mois à travailler à un livre en même temps que nous brûlions des centaines d’autres ouvrages pour nous tenir chaud ». De même concernant l’aide humanitaire : « il y avait trop de gens à aider et pas assez de gens pour les aider. On pouvait travailler tant qu’on voulait, il n’y avait aucune possibilité de ne pas échouer…. Sauf si on acceptait la totale futilité de ce travail »

     

    Sorti en 1987, ce roman rappelle de grandes œuvres dystopiques tels le film « Soleil Vert » (1973) tiré du livre de Harry Harrisson, le roman « La servante écarlate » de Margaret Atwood ( 1985), le roman « 1984 » de Georges Orwell (1949). Il est pétri de références littéraires : T. Beckett, F. Kafka mais aussi N. Hawthorne (Mosses From an Old Manse, 1848). Ce livre d’une perfection formelle remarquable est peut-être le plus beau livre de P. Auster. Il a cependant rebuté certaines qui ont en particulier noté un manque de cohérence du propos révélé par le fait que la lettre d’Anna nous arrive alors qu’une idée maitresse du roman est l’impossibilité de sortir de cette ville.

     

     

    In the Country of Last Things by Paul Auster

     

    An extraordinary dystopian novel and startling literary discovery for most of us .

    The main character, Anna, is writing a letter to a friend who has remained in their country of origin; she describes the life in the “city of last things” where she has come searching for her missing brother. There is no indication of time or place in this city of terror and destruction, cut off from the outside world with no escape possible. It is a city inhabited by the homeless who resort to the most vile strategies in order to survive. A city divided among sects - the Cleaners, the Specters, the Runners. The Leapers, the Scavengers - all of whom revolve around death and the recovery of waste. Still, there are those of us who manage to live. For death too, has become a source of life.  In this terror-ridden city Anna will nevertheless manage to survive, thanks to her friendship with Isabel, to the love of Sam and Victoria, and to literature (...) Sam’s book became the most important thing in my life.

     

    As long as we kept working on it, I realized, the notion of a possible future would continue to exist for us. Thanks also to her committment toward the under- privileged. However, as the situation worsens, it is no longer these “aids” that make it possible to survive, but rather the symbolic force they exert: concerning books: The books were how we kept warm during the winter. (...) I know it sounds like a terrible thing to have done, but we really didn’t have much choice. (...) The irony does not escape me, of course - to have spent all those months working on a book and at the same time to have burned hundreds of other books to keep ourselves warm. Similarly, concerning humanitarian aid: There were too many people to be helped and not enough people to help them. (...) No matter how hard you worked there was no chance you were not going to fail. (...) Unless you were willing to accept the utter futility of the job (...).

     

    Published in 1987, this novel is reminiscent of other noteworthy dystopian works such as the film “Soylent Green” [1973] based on the book by Harry Harrisson, Margaret Atwood’s novel “The Handmaiden’s Tale” [1985] , and “1984” by George Orwell [1949]. and is filled with literary references: Beckett, Kafka and Hawthorne .(”Mosses From an Old Manse” [1848]), among others. Its structure is remarkable, to the point of near perfection.

     

    The book is perhaps Auster’s best Yet it did not appeal to all of us who who pointed out the novel’s lack of coherence in that Anna’s letter did, in the end, reach its destination while the the underlying idea that is pervasive throughout the novel is the impossiblity of escape from this city.

     

  • Le troisième chimpanzé

    Jared Diamond

    Fiche de lecture client (Pascal Masi)

    Le Troisième chimpanzé

     

    Il est des auteurs qui « boxent » dans une division hors catégorie. De ceux qui font partie d’un club très fermé tant ils semblent dominer leur sujet.

     

    Jared Diamond est de ceux-là.

     

    Un géant de la connaissance comme on en croise peu dans une vie de lecture comme l’est la mienne. Il connaît tout sur tout ou presque !

     

    Ethnologue, géographe, historien, biologiste, généticien, entomologiste, botaniste, paléoanthropologue, scientifique internationalement reconnu et philosophe de haute volée, professeur à Harvard, véritable humaniste, érudit comme personne (il va sans dire), homme de terrain et spectateur engagé doté d’une faim de tout comprendre ! Rien que ça. Il entre pour moi dans ce cercle très fermé de ces « géants » qui ont su au cours des temps nous proposer des "synthèses universelles ", des "méta récits" comme ont pu le faire Carl Sagan, Ernest Renan,  Erwin Schrödinger, Ilya Prigogine, Hubert Reeves, Eric  Chaisson, Raymond Aron, Arnold Toynbee et peut-être même Yuval Noah Hariri et puis sûrement quelques autres.

     

    C’est dire si l’ampleur et la profondeur du propos sont rares et précieuses. Le sujet : Qu’est-ce que l’homme ?

    Sans doute la plus ancienne de toutes les interrogations humaines.

     

    Diamond passe tout en revue : notre place dans l’arbre de la diversification du vivant, les différents chemins évolutifs propres aux grands singes (dont nous faisons résolument partie -- d’où le titre), les grandes mutations génétiques qui nous ont conduit à prendre le large vis-à-vis des autres grands singes il y a quelques 8 millions d’années puis il y a 60 000 ou 70 000 ans, des autres branches du genre Homo.  Il aborde avec intelligences les origines probables de notre capacité à inventer un langage complexe qui va bien au-delà de tous les systèmes de communication rencontrés dans le règne animal. Puis le rôle de sélection sexuelle en plus de la sélection naturelle. Il examine en détail si notre capacité à nous entre-tuer massivement les uns les autres existe également chez les animaux. Il parvient à conclure avec brio que cette funeste disposition n’a pas d’équivalent dans le monde animal.

     

    Comme on le voit, tout y passe.

     

    C’est ainsi que Jared Diamond montre -- et démontre -- pourquoi il existe bien un « propre de l’homme ».

    Et je dois dire que parvenu à la dernière page de cette somme de 650 pages, il m’a largement convaincu. Je n’avais d’ailleurs pas beaucoup de doutes !

     

    Nous les Sapiens sommes des êtres à part. Ce qui nous crée des droits particuliers et bien-sûr des devoirs particuliers vis-à-vis de notre propre espèce, de tout le vivant auquel nous appartenons et il va sans dire de la planète elle-même.

     

    Une œuvre magistrale.

     

    Pascal Masi

  • Pour les faits

    Géraldine Muhlmann

    Fiche de lecture client (Pascal Masi)

    La quatrième de couverture commence par ces mots : « Nous n’arrivons même plus à nous mettre d’accord sur les faits. » La première question que je me suis posée fut, en commençant ce petit opus de 158 pages : Mais avons-nous jamais été d’accord sur les faits ?

     

    Par cette simple question, nous voilà entrés de plain-pied dans cet essai.

     

    L’objectif de ce petit opus de Géraldine Muhlmann (GM) est de réfléchir à la façon dont opère la fabrication de l’information (le journalisme, pour faire court) dans notre pays et dans le monde occidental pour tenter de rapporter des « faits » aux citoyens, aux lecteurs, aux spectateurs, aux internautes, d’en comprendre les évolutions et de saisir quels sont les impacts de la multiplication des supports d’information qui envahissent nos vies (ce qu’elle nomme la virtualisation du monde). Il ne traite pas de ce qui se passe dans les systèmes politiques illibéraux ou dictatoriaux.

     

    L’auteure est diplômée d’écoles de journalisme française et américaine et agrégée de philosophie de Normal sup. Elle est enseignante à la Sorbonne, journaliste, écrivaine et anime depuis des longtemps diverses émissions à la télévision et à la radio. Elle anime en particulier avec un immense talent l’émission « Avec philosophie » chaque jour sur France Culture.  Elle semble donc parfaitement placée pour aborder ces sujets.

     

    Quelques remarques sur la forme d’abord : GM consacre de très nombreux passages à l’histoire du journalisme américain (en 1830 à nos jours) et notamment à l’invention du concept de reporter : ce « témoin des faits ». J’ai trouvé que l’auteur avait la main très lourde sur ce point. Les citations, les ouvrages et références américaines viennent obérer la pertinence du propos s’agissant de la presse telle qu’elle existe dans notre pays. Trop d’exemples sont tirées de l’histoire américaine et semblent peu transposables à l’analyse appliquée à la situation française. A l’inverse, lorsque l’auteure « décortique » l’émission de Cyril Hanouna, TPMP, (p. 76) le passage est extraordinairement éclairant. Même chose pour les grands JT de la télévision (p. 61). J’aurais vraiment aimé d’autres exemples de ce type.

     

    De surcroît, le recours systématique à de très nombreux mots, expressions, citations en américain m’a semblé exagéré. Non, que je ne comprenne pas l’anglais (j’ai passé 7 ans aux États-Unis), mais l’auteure semble nous dire que notre langue n’est pas en mesure d’exprimer avec exactitude la complexité du propos. Prisme étonnant.

     

    Sur le fond : De très nombreux concepts importants sont étudiés avec minutie et un salutaire recul historique. Et c’est heureux : notion de « matière factuelle » ou factualité, « d’observateur impartial » -- beaucoup plus complexe qu’on ne le pense généralement --, de confiance (dans la vérité d’un témoignage), de l’idée que se fait une rédaction de son « public » et de ses centres d’intérêt, notion d’usage de l’outil statistique pour construire des faits en matière d’étude des phénomènes du vivant, comme on dit en biologie, enfin l’opposition de nature entre « récit » et « discours ».

     

    On le voit, les concepts abordés sont nombreux et naturellement extrêmement importants lorsqu’on se propose d’étudier de tels sujets. La formation philosophique de l’auteure est d’un grand secours en la matière. C’est en cela que l’ouvrage est intéressant.

     

    Mais ce prisme philosophique est aussi une grande faiblesse.

     

    GM ne fait aucun recours aux travaux des scientifiques qui ont déjà alimenté ce débat complexe : je pense au physicien Boltzmann, longuement repris pas l’immense Ilya Prigogine, et qui a puissamment montré que seul l’outil statistique permet de rendre compte de certains phénomènes non pas comme une approximation construite mais comme seul outil scientifique compatible avec la complexité du phénomène observé.

     

    Et je pense naturellement aux travaux du sociologue Gérald Bronner et à ses fameux biais cognitifs. Difficile de comprendre ce qui est à l’œuvre sans une connaissance de ces biais.

     

    Et puis lorsqu’on parle de « virtualisation du monde », il est quand même étonnant de ne pas citer Ray Kurzweil et le fameux Postulat de Moore. Dès 2005, tout ou presque a été dit sur les conséquences inévitables de la numérisation du monde et notamment des processus de production numérique de l’information. Etonnant !

     

    L’auteure termine son propos par l’idée que la « crise » du journalisme serait dûe à l’idée généralisée selon laquelle le « monde serait hostile ».

     

    Réfléchissant aux mêmes sujets, Alain Duhamel, dans son dernier ouvrage propose l’explication suivante : le monde évolue à très grande vitesse. Chacun est soumis à un torrent planétaire d’informations instantanées que personne ne peut vraiment absorber à l’exception des esprits bien « préparés », écrit-il. Seuls ceux-ci semblent en mesure de faire face à ce phénomène sans en conclure que le « monde est nécessairement hostile ». Une explication que GM aurait pu fournir tant elle connaît bien ces sujets.

     

    En conclusion, un ouvrage un peu curieux, touffus, riche, utile par ces temps de réseaux sociaux envahissants, mais qui s’égare quelque peu dans des considérations philosophiques très – trop ? – nombreuses et dans une absence de considération – ou de connaissance ? – des outils scientifiques mis à notre disposition par les chercheurs des deux derniers siècles sur ces mêmes thèmes.

  • L'enracinement ; prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain

    Simone Weil

    Sur commande

    Fiche de lecture client ( Pascal Masi)

    Texte écrit début 1943, alors que Simone Weil était réfugiée à Londres. Elle enrageait de ne pouvoir rejoindre les unités combattantes de la Résistance dans la France occupée. A Londres, pour les chefs de la France libre, elle était considérée ingérable et ne reçut pas l'autorisation de partir combattre. Par dépit, sans doute, pensant être sous-utilisée, elle écrira cet opus d'un seul jet. Il est considéré aujourd'hui comme une sorte de testament philosophique, politique et spirituel car elle mourra peu de temps après d'épuisement, de sous-alimentation et de la tuberculose. Nous étions en août 1943.

    C'est un texte remarquable et d'une extraordinaire richesse. Mêlant les registres de la politique, de l'histoire, de la philosophie, de l'organisation sociale des pays et de théologie, l'auteure réfléchit à ce qui a causé la déroute de Juin 40, aux ressorts des montées aux extrêmes qui se répandent alors sur toute l'Europe comme un cancer et imagine les contours de ce que pourrait être l'après-guerre, c'est-à-dire le temps qui suivra le naufrage.

    Qu'est-ce qui pourrait donner à la France les outils nécessaires à sa reconstruction ? Que pourrait aimer les Français si ce n'est une France nouvelle et éternelle ? Traumatisés par la défaite, par la guerre et par les terribles blessures de 
    la Grande Guerre qui ne sont bien évidemment pas encore guéries en ce début 1943 ? Des interrogations vertigineuses qui vous prennent aux tripes, des propositions déroutantes et parfois géniales, des rêves d'un monde – enfin meilleur – dont on si dit que s'il était advenu, la Terre sera redevenue l'Eden qu'elle n'aurait jamais cessé d'être. Des impasses aussi, il faut bien le reconnaître.

    Mais cela Simone Weil pouvait-elle le savoir ? Pouvait-elle-même survivre à l'idée que ses fulgurances ne verraient jamais le jour ? Se laissant mourir, on imagine sans jamais pouvoir trancher ce qu'elle pensa vraiment possible.

     

  • Méridien de sang

    Cormac McCarthy

    Lu et commenté par le club de lecture de littérature américaine

     

    Meridien de sang. Cormac Mc Carthy. Traduction : François Hirsch

     

    Roman violent, roman sanglant à l’atmosphère de western qui commence ainsi : "Voici l’enfant. Il est pâle et maigre, sa chemise de toile est mince et en lambeaux. Il tisonne le feu près de la souillarde. Dehors s’étendent des terres sombres, retournées, piquées de lambeaux de neige, et plus sombre au loin des bois où s’abritent encore les derniers loups. Sa famille, ce sont des tâcherons, fendeurs de bois et puiseurs d’eau, mais en vérité son père a été maître d’école. Il ne dessoûle jamais, il cite des poètes dont les noms sont maintenant oubliés. Le petit est accroupi devant le feu et l’observe."

    L’action se passe dans les années 1840 et c’est cet enfant, dénommé ensuite le gamin et dans les dernières pages l’homme qu’on suit alors qu’il a quitté son « foyer » au Tennessee et qu’il s’engage dans une armée de mercenaires tueurs d’Indiens, payés au scalp, pillant, brûlant, massacrant tout sur leur passage («une meute d'humains à la mine cruelle ». Cette armée est guidée par 2 personnages clés du roman : Glanton, inspiré d’un personnage réel (1819-1850) qui était un mercenaire sanguinaire auto proclamé, chef d’un clan d’assassins chassant les Apaches à la frontière du Mexique et le Juge Holden, personnage principal du roman. Le Juge Holden est un « savant » à la connaissance encyclopédique qui connait les langues, les astres, le nom de plantes, la musique…C’est avant tout un psychopathe démoniaque dont la férocité n’a d’égale que sa volonté absolue de maitriser l’univers et dont le but est d’être « vraiment le suzerain de la terre…. Cette terre m’appartient dit-il, c’est ma concession…. , Pour qu’elle m’ appartienne vraiment rien ne doit pouvoir s’y produire sans mon consentement …. Pour moi, la liberté des oiseaux est une insulte ». Par certains aspects, la sauvagerie du personnage et son ascendant évoque la personne de Kurtz dans « Au cœur des ténèbres » de J. Conrad 

    Les atrocités de cette bande meurtrière sont décrites par le menu et la lecture en est parfois insoutenable :  « l'un des Delawares émergea de la fumée en tenant dans chaque main un nouveau-né qui se balançait et il s'accroupit devant la bordure de pierre d'une fosse à fumier et il les projeta chacun son tour par les talons et leur fracassa le crâne contre les pierres, faisant exploser la cervelle qui jaillit en bouillie sanglante par la fontanelle » 

    Ce roman sanglant, truffé de références religieuses ne laisse aucun espoir, aucun salut.

    Il se déroule dans une nature grandiose« Ils passèrent par une haute prairie tapissée de fleurs sauvages, des arpents de séneçon doré et de zinnia et des volubilis bleu et une vaste plaine de petits bouquets de toutes sortes s’étendant à l’infini comme un batik jusqu’aux flancs striés de plus lointaines corniches bleuies de brume et les chaines diamantines surgies du néant comme le dos de monstres marins dans une aube dévonienne. » 

    Une écriture coup de poing, « l’hurlante obscurité », une écriture rude, des phrases longues, pratiquement pas de virgules, des descriptions parfois difficilement soutenables, un texte truffé de références bibliques, Cormac Mc Carthy nous livre là une vision bien différente de la vision habituelle de la Conquête de l’Ouest. La violence de ce roman fait référence en fait à l’implacable brutalité de cette conquête et à l’idée de la Destinée Manifeste. 

    Certaines d’entre nous ont trouvé la sauvagerie de ce roman insoutenable alors que beaucoup considèrent qu’il s’agit un chef d’œuvre. Cependant toutes ont été fascinées par la splendeur de l'écriture, écriture poétique et âpre, écriture à couper le souffle qui rappelle les grands récits fondateurs de la littérature. 

                                                                            Annie Chanet-Sainsard

     

     

     

    Blood Meridian by Cormac McCarthy (1985) 354 p

    Grounded in the Western genre, blood-soaked violence is at the core of this novel.

    It opens with these lines:

    “ SEE THE CHILD. He is pale and thin, he wears a thin and ragged linen shirt. He stokes the

    scullery fire. Outside lie dark turned fields with rags of snow and darker woods beyond that

    harbor yet a few last wolves. His folk are known for hewers of wood and drawers of water

    but in truth his father has been a schoolmaster. He lies in drink, he quotes from poets whose

    names are now lost. The boy crouches by the fire and watches him”.

    Set in the 1840’s it is the life of this child - later called “The Kid” and in the final

    pages “The Man” – that we follow after he has left his “home” in Tennessee and enlists in an

    army of scalp-hunting mercenaries, who hunt and kill Indians, pillaging, burning,

    slaughtering, destroying everything in their path: “a pack of vicouslooking humans”.

    The army is led by the two major characters of the novel: One of them - Glanton -

    (based on a true life story (1819-1850) ) is a self-proclaimed commander-in-chief, a

    bloodthirsty mercenary in charge of a gang of murderers who hunt Apaches at the Mexican

    border, and Judge Holden, the protagonist of the novel. Judge Holden is erudite - a

    “scholar” - with encyclopedic knowledge; he is cognizant of languages, the stars, the names

    of plants, music… He is above all a demonic psychopath whose ferociousness is only equaled

    by his overpowering desire to conquer the universe, whose aim is to become

    “properly suzerain of the earth (…) [He] placed his hands on the ground. (…) This is my claim

    he said. (..)In order for it to be mine nothing must be permitted to occur upon it save by my

    dispensation. (…) The freedom of birds is an insult to me”

    In certain respects the savagery of the Judge and the powerful influence he exerts

    over others is reminiscent of Kurtz, the protagonist in Conrad’s Heart of Darkness.

    The atrocities committed by this murderous gang are described in such detail that it

    makes it painful to get through them:

    « (…) one of the Delawares emerged from the smoke with a naked infant dangling in each

    hand and squatted at a ring of midden stones and swung the by the heels each in turn and

    bashed their heads against the stones so that the brains burst forth through the fontanel

    (…).” (pp164-165)

    The novel brims with gore, is full of religious references and leaves no room for hope

    or salvation. It unfolds against a backdrop of nature at its most grandiose:

    “They passed through a highland meadow carpeted with wildflowers, acres of golden

    groundsel and zinnia and deep purple gentian and wild vines of blue morninglory and a vast

    plain of varied small blooms reaching onward like a gingham print to the farthest serried

    rimlands blue with haze and the adamantine ranges rising out of nothing like the backs of

    seabeasts in a Devonian dawn.” ( p197).

     

    The style can be pungent, gripping, “the howling darkness” (a slap-in-the-face to

    readers with long, run-on sentences, hardly any commas, with descriptions so gruesome

    they become barely readable, alongside myriad Biblical allusions: Cormac McCarthy’s vision

    is at odds with the more commonly held vision of the conquest of the American west. The

    violence mirrors, in fact, the implacable brutality of westward expansion and the idea of

    Manifest Destiny.

    Some of us found the savagery depicted in the novel unbearable while others

    considered the novel a masterpiece. All of us were nonetheless fascinated by the

    extraordinary beauty of the prose – poetic, harsh, breathtaking - which places the novel

    among the great founding works of literature.

    Traduction: Aliki Kostakis

  • Sombres citrouilles

    Malika Ferdjoukh

    Demndé par Mme Tessonneau

    5ème collège Juliette Adam

  • Au revoir là-haut

    Pierre Lemaitre

    Demandé par Mme Tessonneau

    3ème collège Juliette Adam

  • Ruy Blas

    Victor Hugo

    Demandé par M. Kerdraon

    2nd LVC

  • Le Cid

    Pierre Corneille

    Demandé par M. Kerdraon

    2nd LVC

  • 1984

    George Orwell

    Sur commande

    Demandé par M. Kerdraon

    2nd LVC

  • La symphonie pastorale

    André Gide

    Sur commande

    Demandé par M. Kerdraon

    2nd LVC

  • Nouvelles

    Joris-Karl Huysmans

    Demandé par M. Kerdraon

    2nd LVC

  • Histoire d'une grecque moderne

    Abbé Prévost

    Sur commande

    Demandé par M. Kerdraon

    2nd LVC

  • Cent ballades d'amants et de dames

    Christine de Pizan

    Demandé par M. Kerdraon

    2nd LVC

  • Les enfants sont rois

    Delphine de Vigan

    Demandé par Mme Dancre

    2nd LVC

  • Le bal des folles

    Victoria Mas

    Demandé par Mme Dancre

    2nd LVC

  • Réparer les vivants

    Maylis de Kerangal

    Demandé par Mme Dancre

    2nd LVC

  • Hygiène de l'assassin

    Amélie Nothomb

    Demandé par Mme Dancre

    2nd LVC

  • Pierre et Jean

    Guy de Maupassant

    Demandé par Mme Dancre

    2nd LVC

  • Zadig ou la destinée

    Voltaire

    Demandé par Mme Dancre

    2nd LVC

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