Mathias Enard

Mathias Enard, L'alcool et la nostalgie, Actes Sud, Mai 2012

 

Réveillé en pleine nuit par un coup de téléphone de Jeanne, qui lui apprend la mort de Vladimir, Mathias part à Moscou pour escorter le corps de son ami jusqu'à son village natal, en Sibérie. A bord du Transsibérien il évoque le passé, leur triangle amoureux consumé par la vodka et la drogue, mais aussi les grandes pages de l'histoire russe par les voix de Gogol, Dostoïevski, Tchekhov...

Ce livre confirme une fois de plus que Mathias Enard est une grande pointure de la littérature française. Son écriture est concise, crue et haletante. Pas de mots inutiles, ils s'enchaînent les uns après les autres comme un collier de perles. Ce livre nous tient, nous secoue au rythme du Transibérien qui transporte Mathias et le cercueil de son ami russe Vladimir de Moscou vers Vladivostok, ville natale du défunt. Vladimir et Mathias ont partagé le même amour, Jeanne, qui n'a pas voulu faire le voyage... Des retrouvailles, celles de Mathias et de Jeanne, qui vivait à Moscou avec Vladimir depuis de longues années, des souvenirs, un deuil. Et comme disait Tchekov, face à la mort, il n'y a que l'alcool et la nostalgie... Bouleversant, du grand art...

Mathias Enard, Boussole, Actes Sud, Août 2015

 

La nuit descend sur Vienne et sur l’appartement où Franz Ritter, musicologue épris d’Orient, cherche en vain le sommeil, dérivant entre songes et souvenirs, mélancolie et fièvre, revisitant sa vie, ses emballements, ses rencontres et ses nombreux séjours loin de l’Autriche – Istanbul, Alep, Damas, Palmyre, Téhéran… –, mais aussi questionnant son amour impossible avec l’idéale et insaisissable Sarah, spécialiste de l’attraction fatale de ce Grand Est sur les aventuriers, les savants, les artistes, les voyageurs occidentaux.
 

Mathias Enard, Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants, Actes Sud, Novembre 2014

 

Prix goncourt tes lycéens en 2010 et prix du livre en Poitou-Charentes en 2011

En Mai 1506, Michel-Ange délaisse l'édification du tombeau du pape Jules II pour partir à Constantinople où le sultan lui confie la mission de réaliser un pont sur la corne d'or. Le pari est de taille puisque les plans de Leonard de Vinci ont été refusés...

Mathias Enard décrit avec brio le séjour de Michel-Ange dans l'empire ottoman, les rencontres , l'ivresse inhérente à la folie du projet, au pari qu'il doit tenir...Un livre magnifiquement bien écrit et qui nous tient en haleine. Enard, lui, a gagné son pari...

Mathias Enard, Rue des voleurs, Actes Sud, Août 2012

 

C’est un jeune Marocain de Tanger, un garçon sans histoire, un musulman passable, juste trop avide de liberté et d’épanouissement, dans une société peu libertaire. Au lycée, il a appris quelques bribes d’espagnol, assez de français pour se gaver de Série Noire. Il attend l’âge adulte en lorgnant les seins de sa cousine Meryem. C’est avec elle qu’il va “fauter”, une fois et une seule. On les surprend : les coups pleuvent, le voici à la rue, sans foi ni loi.
Commence alors une dérive qui l’amènera à servir les textes – et les morts – de manières inattendues, à confronter ses cauchemars au réel, à tutoyer l’amour et les projets d’exil.

Mathias Enard, La perfection du tir, Actes Sud, Août 2008

 

Dans un pays en guerre civile, le jeune narrateur calme ses nerfs mis à vif par les combats mais aussi par sa mère à moitié folle, en allant tirer en haut de l'immeuble. Se concentrer, garder son calme, viser  avec précision et tuer avec perfection lui procurent une grande paix intérieure.Cet équilibre précaire va être bouleversé par l'arrivée de Myrna, une jeune fille chargée de s'occuper de sa mère.

Avec une grande habileté littéraire, Mathias Enard dévoile la personnalité perturbée et ambigue du jeune homme. Il met en exergue les effets dévastateurs d'un monde en conflit, d'une tension qui ne baisse jamais.

Un livre magnifique avec une écriture aussi précise que les tirs du jeune homme.

Mathias Enard, Zone, Actes Sud, Août 2008

 

Par une nuit décisive, un voyageur lourd de secrets prend le train de Milan pour Rome, muni d’un précieux viatique qu’il doit vendre le lendemain à un représentant du Vatican pour ensuite – si tout va bien – changer de vie. Quinze années d’activité comme agent de renseignements dans sa Zone (d’abord l’Algérie puis, progressivement, tout le Proche-Orient) ont livré à Francis Servain Mirkovi´c les noms et la mémoire de tous les acteurs de l’ombre (agitateurs et terroristes, marchands d’armes et trafiquants, commanditaires ou intermédiaires, cerveaux et exécutants, criminels de guerre en fuite…). Mais lui-même a accompli sa part de carnage lorsque la guerre en Croatie et en Bosnie l’a jeté dans le cycle enivrant de la violence.

Trajet, réminiscences, aiguillages, aller-retour dans les arcanes de la colère des dieux. Zeus, Athéna aux yeux pers et Arès le furieux guident les souvenirs du passager de la nuit.

Le train démarre et, avec lui, commence une immense phrase itérative, circulatoire et archéologique, qui explore l’espace-temps pour exhumer les tesselles de toutes les guerres méditerranéennes. Car peu à peu prend forme une fresque homérique où se mêlent bourreaux et victimes, héros et anonymes, peuples déportés ou génocidés, mercenaires et témoins, peintres et littérateurs, évangélistes et martyrs… Et aussi les Parques de sa vie intérieure : Intissar l’imaginaire, la paisible Marianne, la trop perspicace Stéphanie, la silencieuse Sashka…S’il fallait d’une image représenter la violence de tout un siècle, sans doute faudrait-il choisir un convoi, un transport d’armes, de troupes, d’hommes acheminés vers une oeuvre de mort.

Cinquante ans après La Modification de Michel Butor, le nouveau roman de Mathias Enard compose un palimpseste ferroviaire en vingt-quatre “chants” conduits d’un seul souffle et magistralement orchestrés, comme une Iliade de notre temps.

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