LITTERATURE ETRANGERE

Jim Lynch , Face au vent, traduit de l'anglais  par Jean Esch

 

Dans la famille Johannssen, le grand-père dessine les voiliers, le père les construit, la mère, admiratrice d’Einstein, étudie leur trajectoire. Par tous les temps, le dimanche est synonyme de sortie en mer. Les deux frères, Bernard et Josh, s’entraînent avec passion, sous la bruyante houlette paternelle. Ruby, la cadette, écoute à peine. C’est inutile : elle semble commander au vent. Mais lorsqu’un jour elle décide d’abandonner une carrière de championne toute tracée, la famille se disloque et s’éparpille. Douze ans plus tard, une nouvelle course sera l’occasion de retrouvailles aussi attendues que risquées.

Mon avis: un vrai coup de coeur pour cette famille islandaise qui tangue au gré des vagues et des tempêtes de la vie. Les amoureux de la mer et de la voile seront conquis. Et comme l'indique le bandeau, c'est drôle, magique et déchirant. 

 
Jim Lynch , Les grandes marées traduit de l'anglais  par Jean Esch

 

Miles O’Malley, 13 ans, est un grand admirateur de Rachel Carson, la biologiste marine. Quand tout le monde dort, il se faufile hors de chez lui  pour aller admirer la faune marine dans les baies d’Olympia. Il ramasse des spécimens apportés par la marée à des aquariums publics mais aussi à un restaurant. Il est aussi en contact avec un chercheur à qui il fait part de ses observations. Une nuit, la découverte d’un calamar géant qui d’habitude ne quitte jamais les profondeurs de l’océan, lui vaut un petit succès local. Mais cet été-là  ses trouvailles extraordinaires vont se poursuivre  à tel point que certains journaux le nomme l’enfant messie. Mais qui est vraiment Miles ? C’est un adolescent qui regarde le monde avec altruisme. Anormalement petit, pour son âge, il apprend à grandir en observant avec passion l’océan mais aussi en se nourrissant de lectures. Il aime également discuter avec une vieille voyante dont il prend soin, avec un chercheur qui l’encourage dans ses observations. Il est épris de son ancienne baby-sitter et très inquiet à l’idée que ses parents divorcent.

Amoureux de la mer,  mais les autres aussi, vous ne pourrez qu’être conquis par ce livre magnifique dans lequel l’océan est un prétexte pour s’interroger sur le sens profond de la vie. L’altruisme de Miles devient contagieux au fil des pages et c’est tant mieux. A lire aussi, Face au vent, du même auteur dans lequel la mer et surtout le vent et la voile  sont une belle métaphore de la vie.

Des livres marquants et profondément réjouissants, ce qui n’est pas si courant…

Gwen

 
9782246818267-001-T.jpeg
Avraham B. Yehoshua, Le tunnel, traduit de l'hébreu   par Jean Luc Allouche

 

Quatrième de couverture

Zvi Louria commence à perdre la mémoire. Il a 73 ans, ingénieur à la retraite depuis cinq ans. D’abord, ce sont seulement les prénoms des uns et des autres qui lui échappent, mais quand il manque de repartir du jardin d’enfant avec un garçon qui ressemble à son petit-fils, il consulte un neurologue. Le diagnostic – une atrophie du lobe frontal – est certes sévère, mais assorti de quelques encouragements du médecin  : ce dernier conseille à Zvi et son épouse de ne pas baisser les bras. D’après lui, il faut redoubler d’activité, et ne pas négliger le désir dans le couple, pour lutter contre ce début de démence qui risque de l’engloutir.
Sa femme Dina, une pédiatre encore en activité, le pousse alors à proposer son expertise d’ingénieur à son ancien employeur, pensant qu’une activité professionnelle même bénévole lui permettrait ce sursaut volontaire encouragé par le neurologue. Ce sera donc au jeune Assaël Mimouni, l’ingénieur en charge de la construction d’une route secrète dans le désert du Négev et fils d’un ancien collègue de Louria, de gérer le vieil homme. Mais quand tous deux arrivent sur l’emplacement du chantier et découvrent le campement d’une famille de Palestiniens réfugiés sur la colline par laquelle la route devait passer, le projet se complique, et Zvi Louria propose alors de creuser un tunnel plutôt que d’aplatir la butte et de déloger la famille…  
Le nouveau roman du grand conteur israélien mêle habilement la question de la perte de mémoire à celle des identités israélienne et palestinienne. A.B. Yehoshua parvient à évoquer avec une justesse infinie la tendresse d’un couple vieillissant face à l’épreuve de la maladie tout en dépeignant une fois de plus la société israélienne dans toutes ses contradictions.
 

 
 
foret obscure.jpg
Nicole Krauss, forêt obscure, traduit de l'anglais   parPaul Guivarche Editions de l'Olivier

 

Quatrième de couverture

Jules Epstein a disparu. Après avoir liquidé tous ses biens, ce riche new-yorkais est retrouvé à Tel-Aviv, avant qu’on perde à nouveau sa trace dans le désert. L’homme étrange qu’il a rencontré, et qui l’a convié à une réunion des descendants du roi David, y serait-il pour quelque chose ?

A l’histoire d’Epstein répond celle de Nicole, une écrivaine américaine qui affronter le naufrage de son mariage. Elle entreprend un voyage à Tel-Aviv, avec l’étrange pressentiment qu’elle y trouvera la réponse aux questions qui la hantent. Jusqu’au jour où un étrange professeur de littérature lui confie une mission d’un ordre un peu spécial…

Forêt obscure est le troisième roman de Nicole Krauss. Comme dans le

premier  l'histoire de l'amour (un petit bijou) elle explore très finement les thèmes de l'identité, de notre place dans l'histoire. C'est également une très belle réflexion sur les textes bibliques. Un voyage initiatique entre rêve et réalité.

trois_étages.jpg
Eskhol Nevo, trois étages, traduit de l'hébreu   par Jean-Luc Allouche, Gallimard

 

Trois familles sur trois étages dans un immeuble bourgeois et tranquille de Tel Aviv.

Mais est-ce si tranquille? Arnon, un ancien militaire culpabilise d'avoir laissé leur jeune fille chez les voisins retraités pour aller à la salle de sport. Il se persuade jusqu'à l'obsession qu'il s'est passé un évènement sordide en son absence.

A l'étage au dessus, Hani, que les autres appellent la veuve car son mari est toujours absent, s'éteint à petit feu à élever seule ses  enfants. Jusqu'au jour où apparaît à sa porte son beau-frère, escroc fugitif recherché par la police.

Au  dernier étage, vit Déborah, une ancienne juge qui a perdu son mari quelques mois auparavant. Elle aussi s'ennuie dans cette prison doré. Elle décide de participer au mouvement de protestation  pour une plus grande justice sociale, lancé par la jeunesse.

Trois destins dont le seul dénominateur commun semble être l'immeuble, mais qui vont se croiser. Trois étages c'est aussi l'appareil psychique tel que Freud l'a décrit. On peut y voir un parallèle avec les évènements qui se produisent dans cet immeuble.

C'est un livre profond, drôle et très bien écrit.

 
CVT_La-douce-indifference-du-monde_1309.
Peter Stamm, la douce indifférence du monde, traduit de l'allemand  par Pierre Deshusses Editions Bourgois

Un écrivain, auteur d'un seul livre, aborde une jeune comédienne Léna qui ressemble étrangement à Magdalena la femme qu'il a aimé et dont il est maintenant séparé. Au fur et à mesure des discussions, il s'avère que la vie de Léna ressemble étrangement à celle du narrateur. Il peut presque lui prédire la suite de sa vie.

En trente sept petits chapitres, Peter Stamm nous fait glisser dans un monde  où passé, présent et futur se mélangent. Les identités vacillent. Qui est qui? L'exercice de style était périlleux mais c 'est une réussite.  trente sept petits chapitres dans lesquels le doute s'installe. La douce indifférence du monde n'est pas sans rappeler la tendre indifférence du monde évoquée dans l'étranger de Camus.Un  petit clin d'oeil à l'absurde  où le non  sens des choses doit être assumé avec sérénité?

Ce livre est une belle découverte...

 
voyou_0.jpg
Itamar Orlev, Voyou, traduit de l'hébreu  par Laurence Sendrowicz Editions du seuil

Itamar Orlev

Traduit par : Laurence Sendrowicz

 

Livre conseillé par Hélène

quatrième de couverture

Lorsque sa femme le quitte, emportant loin de lui leur jeune fils, Tadek voit sa vie se lézarder, rattrapée par la solitude. Son frère et ses soeurs sont depuis longtemps partis d'Israël, et sa mère, face à son désarroi, n'a qu'une rugueuse indifférence à lui offrir. Il n'a plus pour compagnie qu'un fatras de souvenirs, de cauchemars - et un fantôme, celui de son père, qu'il n'a pas revu depuis vingt ans. Sur un coup de tête, Tadek décide alors de quitter Jérusalem pour retrouver ce dernier, qui croupit dans un hospice de Varsovie. Nous sommes en 1988, et la Pologne est grise derrière le rideau de fer.

L'homme qu'il découvre n'est plus que l'ombre du personnage flamboyant qui a marqué son enfance.

C'est un très beau livre sur la filiation. Tadek est partagé entre pitié et colère devant cet homme qui a détruit sa famille et qui est maintenant une épave. Ses sentiments oscillent. Il découvre également une page de l'histoire polonaise intrinsèquement liée au passé de son père.

 
idaho.gif
Emily Ruskovich, IDAHO, traduit de l'anglais  par Simon Baril, Gallmeister

 

Ils sont trois enfants, nés en 1988 dans un petit village flamand, deux garçons et une fille Laurens, Pim et Eva, les trois mousquetaires comme ils se nomment. Condamnés à être ensemble en classe, ils deviennent inséparables pour le meilleur et bientôt pour le pire avec l'arrivée de l'adolescence. Un été, les deux garçons   mettent en place un plan pour obliger les filles à se déshabiller. Ils ont besoin de la complicité d'Eva. Afin de ne pas perdre leur amitié et leur admiration, elle va accepter sans se douter qu'elle restera marquée à tout jamais par ce jeu malsain. Treize ans plus tard, elle accepte l'invitation de l'un deux. Cette fois-ci c'est elle qui a un plan. Lize Spit nous livre un très beau roman brutal et sans fioriture  sur l'adolescence et sa cruauté. Un livre choc, construit minutieusement avec une fin qui laisse sans voix.

 
débacle.jpg
Lize Spit,Débâcle, traduit du Néerlandais  par Emmanuelle Tardif, Actes Sud

 

 

Ils sont trois enfants, nés en 1988 dans un petit village flamand, deux garçons et une fille Laurens, Pim et Eva, les trois mousquetaires comme ils se nomment. Condamnés à être ensemble en classe, ils deviennent inséparables pour le meilleur et bientôt pour le pire avec l'arrivée de l'adolescence. Un été, les deux garçons   mettent en place un plan pour obliger les filles à se déshabiller. Ils ont besoin de la complicité d'Eva. Afin de ne pas perdre leur amitié et leur admiration, elle va accepter sans se douter qu'elle restera marquée à tout jamais par ce jeu malsain. Treize ans plus tard, elle accepte l'invitation de l'un deux. Cette fois-ci c'est elle qui a un plan. Lize Spit nous livre un très beau roman brutal et sans fioriture  sur l'adolescence et sa cruauté. Un livre choc, construit minutieusement avec une fin qui laisse sans voix.

 
la_servante_écarlate.gif
Margaret Atwood, La servante écarlate, traduit de l'anglais par Sylviane Rué, Editions J'ai lu (poche)

 

Quatrième de couverture: Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l'Ordre a été restauré. L'Etat, avec le soutien de sa milice d'Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d'un Evangile revisité. Dans cette société régie par l'oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L'une d'elle raconte son quotidien de douleur, d'angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d'une vie révolue, d'un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d'une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Avis: Une dystopie tellement réaliste qu'elle donne froid dans le dos. En réalité, presque tous les évènements décrits dans ce livre nous rappellent des faits qui ont eu lieu un peu partout dans le monde. Se dévore en quelques heures.

Gwen

 
 
Toni Morrison, Délivrances
Glendon Swarthout, Bénis soient les enfants et les bêtes, traduit de l'américain par Giselle  Bernier, Editions Gallmeister

 

Turtle a 14 ans et vit seule dans une maison au fond des bois californiens avec un père exclusif, abusif et paranoïaque qui l'élève comme si la fin du monde était pour demain. Il lui apprend le maniement des armes et limite au maximum les contacts avec l'extérieur. La vie sociale de Turtle se restreint donc au collège et aux visites qu'elle rend à son grand-père vivant dans un mobile-home non loin de chez eux. Turtle grandit et elle est tiraillée entre respecter les règles imposées par son père et fuir cet univers hostile. Sa vie va  changer quand, lors d'une fugue, elle va rencontrer Jacob un jeune lycéen.

C'est un très beau premier roman qui n'est pas sans rappeler Dalva de Jim Harrison.

Malgré cet amour dévorant et nocif, on sent monter chez Turtle, comme chez Dalva, des envies d'indépendance. Elle oscille entre trahir son père et sauver sa peau. Cette métamorphose est décrite avec beaucoup de finesse et d'intelligence. Les critiques dans la presse sont dithyrambiques et c'est largement mérité.Un immense coup de coeur

 
Toni Morrison, Délivrances
Gabriel Tallent, My Absolute Darling, traduit de l'américain par Laura Derajinski, Editions Gallmeister

 

Turtle a 14 ans et vit seule dans une maison au fond des bois californiens avec un père exclusif, abusif et paranoïaque qui l'élève comme si la fin du monde était pour demain. Il lui apprend le maniement des armes et limite au maximum les contacts avec l'extérieur. La vie sociale de Turtle se restreint donc au collège et aux visites qu'elle rend à son grand-père vivant dans un mobile-home non loin de chez eux. Turtle grandit et elle est tiraillée entre respecter les règles imposées par son père et fuir cet univers hostile. Sa vie va  changer quand, lors d'une fugue, elle va rencontrer Jacob un jeune lycéen.

C'est un très beau premier roman qui n'est pas sans rappeler Dalva de Jim Harrison.

Malgré cet amour dévorant et nocif, on sent monter chez Turtle, comme chez Dalva, des envies d'indépendance. Elle oscille entre trahir son père et sauver sa peau. Cette métamorphose est décrite avec beaucoup de finesse et d'intelligence. Les critiques dans la presse sont dithyrambiques et c'est largement mérité.Un immense coup de coeur

Toni Morrison, Délivrances
Abby Geni, Farallon Islands, traduit de l'américain par Céline Leroy, Actes Sud

 

Un énorme coup de coeur

Miranda, la trentaine, est photographe de paysages insolites et rares et a obtenu l'autorisation de séjourner sur les îles farallon situées au large de San Francisco. Dans cet univers sauvage minéral, elle partagera le quotidien de biologistes taciturnes et parfois aussi hostiles que le paysage qui les entoure.Certains sont là depuis plusieurs années et l'accueil qu'ils réservent à Miranda n'est pas des plus chaleureux. Elle est le grain de sable de trop dans une communauté déjà sous tension. Comme elle, ils ne sont pas là par hasard. Tous fuient la société pour différents motifs, afin de se consacrer à l'étude des  animaux marins qui gravitent au niveau de l'archipel. Ce livre est sublime car il réussit à nous captiver aussi bien  avec les personnages qu'avec les requins, les baleines les macareux qui occupent les îles Farallon. Un vrai grand coup de coeur pour ce thriller psychologique et scientifique, dans lequel chaque balade dans la lande présente un danger

 
Toni Morrison, Délivrances
Kjell Westö, Nos souvenirs sont des fragments de rêves, traduit du Suédois par Jean-Baptiste Coursaus, Autrement

Second coup de coeur de cette rentrée littéraire. Un pari risqué mais réussi, celui de choisir un livre pour sa couverture et son titre! J'ai eu un coup de foudre visuel en le voyant dans les rayons.

c'est une très belle saga amicale et familiale qui s'étale sur plus de cinquante ans à Helsinki et sa banlieue proche. C'est aussi un très beau roman d'amour pas du tout à l'eau de rose. Quand le  narrateur tombe amoureux de Stella, la petite soeur de son meilleur ami Alex, il sait qu'il ne pourra plus jamais vivre loin d'elle. Mais ces idylles adolescentes sont parfois destructrices. Les  amants sont aussi amis et se connaissent mieux que des frères et soeur. Ce  roman est donc l'histoire du narrateur et de Stella, mais pas seulement. C'est aussi une analyse des clivages sociaux, de l'importance des apparences, des désastres causés par les non-dits. C'est un vrai beau roman dans lesquels nous découvrons qu'effectivement nos souvenirs sont des fragments de  rêves et peut-être aussi le contraire.

 
Toni Morrison, Délivrances
Maggie Nelson, Les Argonautes, traduit de l'américain par Jean-Michel Théroux Editions du sous-sol

 

Un essai qui secoue les esprits et les idées reçues.

Quatrième de couverture

Les Argonautes, c’est d’abord une histoire d’amour. Deux êtres qui se rencontrent et tombent éperdument amoureux. Leur amour grandit, leurs deux corps se transforment, et avec leurs mutations d’autres grandes questions résonnent : qu’est-ce que la maternité ? Comment se construit le genre ? Comment vivre et penser la marge en construisant une famille ?

À la lisière de l’essai et de l’autofiction, Les Argonautes est à la fois amusant et indigné, souvent emporté, toujours brillant. Maggie Nelson nous y présente les penseurs qui l’ont aidée à vivre, Judith Butler, Susan Sontag, Gilles Deleuze ou Roland Barthes. Elle parvient à mêler histoire intime et réflexion, livrant un texte à nul autre pareil, brillant et solaire. Au fil de ses lectures, elle nous emmène en Floride sur la plage, au cabaret burlesque, dans une université de New York, dans le bureau d’un shérif en Californie, à la très kitsch chapelle de Hollywood… Et surtout, elle s’assure que nous ne verrons plus jamais de la même façon le mystère de la fabrication d’un corps par un autre.

Née en 1973, cette poétesse, essayiste et critique d’art américaine est l’auteur d’une oeuvre de non-fiction dans laquelle elle s’affranchit du carcan des genres littéraires établis. Mêlant avec brio écriture autobiographique et théorie critique, Maggie Nelson – dont le travail, est comparé à celui de Susan Sontag – a fait de ses questionnements sur la famille, le genre, la violence sexuelle, l’histoire de l’avant-garde et la philosophie des sujets de prédilection.

 
Toni Morrison, Délivrances
Lauren Groff, Les furies, traduit de l'anglais par Carine Chanineau, Editions de l'Olivier

 

Mathilde est belle, Lotto est populaire et riche. Quand il la croise dans une fête étudiante, il décide de l'épouser sur le champ. Ils  ont à peine 22 ans et les voilà donc mariés. Tout semble leur sourire. Ils sont amoureux, Mathilde renonce à son travail pour aider Lotto à écrire et devenir célèbre. Mais, mais... quel intérêt aurait  cette histoire si elle ne cachait pas quelques cadavres dans les placards? La réalité n'est pas toujours celle qu'on laisse voir et croire aux autres. Une intrigue sociologique extrêmement bien menée qui réserve son lot de surprises....

Palpitant et, si cela peut vous influencer, c'est un coup de coeur de Barack Obama!

 
Toni Morrison, Délivrances
Jean Hegland, Dans la forêt, traduit de l'anglais par Josette Chicheportiche, Editions Gallmeister

 

Nous sommes dans un monde qui a épuisé une grande partie de ses ressources à force de surconsommer. Les pannes de courant sont de plus en plus fréquentes jusqu'à la disparition complète de l'électricité, il n'y a plus d'essence, les magasins sont vides. Nell et Eva, deux jeunes filles élevées par des parents un peu baba cool dans une  forêt située à deux heures de San Francisco, vont devoir apprendre à faire face à ces pénuries et réinventer un nouveau mode de vie

Visionnaire? Pessimiste? En tout cas, ce livre est extrêmement intéressant car il remet en cause notre mode de fonctionnement. Il change notre regard sur la planète

 
Toni Morrison, Délivrances
Russel Banks, Continents à la dérive, traduit de l'anglais par Pierre Furlan, Actes Sud

 

À l’orée de l’an 1980, Bob Dubois, réparateur de chaudières dans une petite ville du New Hampshire, convainc sa femme de plaquer travail, maison et amis pour rejoindre avec leurs deux filles son frère, qui a fait fortune en Floride. Nourri de rêves de réussite et de prospérité, Bob espère, à l’aube de ses trente ans, s’élever comme lui au-dessus de sa condition d’ouvrier. À quelques milliers de kilomètres de là, Vanise Dorsinville fuit Haïti, avec son bébé et son neveu Claude, afin de gagner elle aussi la Floride, où le père de Claude les attend. Elle a choisi de quitter la violence institutionnalisée, la pauvreté et le chaos de son pays natal pour atteindre l’Amérique de ses rêves.
Quelles forces poussent ces êtres à s’exiler ? Crise existentielle pour l’un, exode contraint pour l’autre, Bob et Vanise aspirent à une seule et même chose : prendre un nouveau départ. Mais au cours de leur voyage, c’est une tout autre réalité qu’ils vont découvrir : celle de l’isolement affectif, de l’injustice, du déclassement social et de l’altérité. Deux égarés dont les destins finiront par se croiser.
Dans cette odyssée contemporaine et métaphysique, Russell Banks nous livre une vision désabusée du rêve américain, en même temps qu’un tableau intemporel de la tragique condition humaine. Continents à la dérive est un roman âpre, éminemment politique et d’une justesse imparable, qui, trente ans après sa sortie, continue à entrer en résonance avec notre temps.

 
Toni Morrison, Délivrances
Amos Oz, Judas, traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen

 

L'histoire se déroule à Jérusalem en 1959.

Suite à des ennuis financiers, le jeune Shmuel est contraint d'arrêter ses études et de chercher un emploi. Il tombe sur l'annonce d'un homme de soixante-dix ans qui cherche un garçon de compagnie, en échange d'un petit salaire, du gîte et du couvert. Shmuel accepte et s'installe chez Gershom Wald. Il a avec lui des discussions passionnées sur Israël et la condition arabe. Il  lui expose également ses travaux de maîtrise sur une nouvelle vision de Judas. Mais   Shmuel tombe surtout amoureux de la femme qui partage la maison avec eux. Secrète et ténébreuse, elle fascine Shmuel qui cherche à comprendre ce qui la lie si profondément à Wald.

Une fois de plus Amos Oz signe un roman magnifique et intelligent. Outre l'aspect historique de ce roman concernant la création de l'état d'israël, on découvre une nouvelle version de la vie de Judas à travers les études de Shmuel.

A  découvrir absolument

 
Richard Wagamese, Les étoiles s'éteignent à l'aube, traduit de l'anglais par Christine Raguet, Ed. Zoé

Franklin  a seize ans et vit dans une ferme en Colombie britannique (province du Canada) en compagnie d'un vieil homme qui l'a élevé. Soudain débarque son père  alcoolique, un Ojibwé (sang mêlé d'indien et d'écossais) qu'il connaît très peu. L'homme est au crépuscule de sa vie et souhaite que son fils l'emmène au coeur de la montagne pour un dernier voyage.

A contre-coeur, Franck accepte.

Commence alors une épopée dans des lieux sauvages du Canada. Pour ce jeune homme, il s'agit d'une réelle quête initiatique au cours de laquelle il apprendra à découvrir son passé et ses origines. Les confidences se font à mi mots, les deux hommes ne sont pas volubiles. Un roman au style brut dans un décor magnifique...

 
Toni Morrison, Délivrances
Youri RYTKHEOU, L'étrangère aux yeux bleus, traduit du russe par Yves Gautier, Actes Sud

 

En 1947, Anna Odintsova arrive à Ouelen, petit village au bord du détroit de Béring. Diplômée de l’université d’ethnographie, l’étudiante vient réaliser son rêve : vivre au cœur d’une tribu nomade de la toundra pour étudier ces gens "de l’intérieur" et finaliser ainsi sa thèse de doctorat. Par chance, elle rencontre dès son arrivée un jeune Tchouktche. Séduite, fascinée ou intéressée, elle l’épouse et part vivre avec lui au sein de sa tribu.
Sous le regard impressionné des nomades, Anna s’adapte très rapidement, accepte toutes leurs traditions, leurs règles et parfois même leur rudesse pour devenir l’égale des autres femmes. Plusieurs années passent, Anna, devenue vraie femme de la toundra, oublie ses projets carriéristes, son attachement à la civilisation, mais en 1949 l’histoire la rattrape, les envoyés de Staline persécutent les nomades et s’emploient à ce que la Tchoukotka devienne une région de collectivisation totale. Pour Anna et sa tribu la vie bascule dans la fuite…Envoûtant, tragique, ce roman est un véritable plaidoyer spirituel, celui des derniers chamanistes.

 
Toni Morrison, Délivrances

Cormac McCarthy, La route, traduit de l'anglaispar François Hirsh, ed.Points

 

Quatrième de couverture

Dans le monde dévasté de l’apocalypse, un jeune homme et son père errent sur une route, affrontant le froid, la pluie, la neige, fuyant toute présence humaine. En un voyage crépusculaire, poussant leur chariot rempli d’objets hétéroclites, ils marchent vers la mer. Prix Pulitzer 2007.Né en 1933 dans l’État de Rhode Island, Cormac McCarthy est l’auteur de nombreux romans dont Le Gardien du verger (prix Faulkner 1965) et De si jolis chevaux (National Book Award 1994), No Country for old men, Méridien de sang. Il est l’un des écrivains américains les plus importants de sa génération.

 
 
Toni Morrison, Délivrances
Benny Barbash, La vie en cinquante minutes, traduit de l'hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech, Zulma

 

Il suffit d'un cheveu blond trouvé sur le maillot de corps de son mari pour que la vie de Zahava bascule. Elle en est sûre,  il la trompe. Commence alors une longue enquête délirante pour  découvrir à qui appartient ce cheveu. Rien n'arrêtera Zahava qui va faire des découvertes improbables! C'est un livre très drôle, avec des situations rocambolesques à la limite de l'absurde mais c'est aussi une belle réflexion sur le couple, la confiance et le danger de la routine quand on vit depuis longtemps ensemble. Nous aimons Barbash depuis longtemps à   Liragif. Son premier livre, My little first sony, qui a reçu le Prix Grand Public du Salon du livre de Paris, est un  petit bijou. Nous avions également beaucoup aimé Monsieur Shapiro. 

Toni Morrison, Délivrances
Avraham B. Yehoshua, La figurante, traduit de l'hébreu par Jean-Luc Allouche, Grasset

 

Noga est harpiste dans un orchestre aux Pays-Bas. Alors qu’elle s’apprête à partir en tournée, son frère Honi, l’implore de venir passer trois mois en Israël, le temps de savoir si leur mère choisira la maison médicalisée qu’il a trouvée pour elle à Tel Aviv. L’appartement de Jérusalem qu’elle occupe ne doit  pas rester vacant sous peine d’être récupéré par les rapaces qui le convoitent. Noga accepte. Ce retour dans son pays natal réveille de nombreux souvenirs et donne lieu à une introspection. Afin de ne pas vivre avec des regrets, elle décide de mettre à plat son passé.

 

Un livre magnifique. Yehoshua est au sommet de son art. Il arrive à trouver un juste milieu entre un regard critique sur les religieux en Israël et l’amour qu’il porte à son pays.

 
Toni Morrison, Délivrances
Sandro Veronesi, Terres rares, traduit de l'italien par Dominique Vittoz

 

Après le choc de Chaos Calme, Prix Fémina 2008 et adapté au cinéma par Nanni Moretti, on retrouve le héros Pietro Paladini quelques années plus tard.

Dans Chaos calme, il vient de perdre sa femme Lara et se retrouve seul avec sa petite fille Claudia. D’abord dans un état de sidération totale, il réapprend à vivre.

Dans Terres Rares, Claudia est une jeune adulte. Elle décide, sans prévenir de quitter son père pour aller à Milan , ville de son enfance, chez Marta, sa tante et sœur de sa mère.

Pour Pietro, c’est un choc, il n’a rien vu venir. Au même moment il se retrouve mêlé, malgré lui, à des affaires crapuleuses qui font basculer sa vie. Mais tous ces bouleversements, vont  lui ouvrir des chemins de traverse.

Un livre formidable, intelligent, plein de rebondissements et très émouvant. La fin est à la hauteur du roman. Cependant, comme il y a plein de références à la vie antérieure de Pietro,  dans Terres Rares, je vous conseille vivement de lire Chaos Calme en premier.

Gwen

 
Toni Morrison, Délivrances
Meg Wolitzer, La doublure, traduit de  l'anglais par Johan Frederik Hel Guedj, Rue Fromentin

 

Joe, écrivain célèbre va recevoir le prix littéraire prestigieux d’Helsinki qui récompense  l’ensemble de son œuvre. Dans l’avion qui les transporte vers la Finlande, Joan sa femme, décide soudain qu’elle va le quitter…

Elle revoit le parcours qu’elle a effectué avec son mari depuis 50 ans et la décision qu’elle va prendre  lui semble irrévocable.

Comme dans « les intéressants », que nous vous avons conseillé pendant l’été 2015, Meg Wolitzer a vraiment un excellent coup de plume pour  donner de la profondeur à ses personnages. Il s’agit d’une belle étude de société, avec un questionnement sur la place des femmes depuis les années 50.

Un seul regret, la traduction malheureuse du titre qui est « The Wife » dans la version originale…

 
Sarah Hall, La frontière du loup, traduit de  l'anglais par Eric  Chédaille, Christian Bourgois

 

C'est la rentrée littéraire de janvier et son lot de nouveautés. Un premier coup de coeur pour cette romancière britannique Sarah Hall publié chez Christian Bourgois éditeur. Un livre qui parle de loup mais pas seulement. Sur fond de débat sur l’indépendance de l’Ecosse, Sarah Hall interroge la nature fondamentale de l’homme et de l’animal, se penche sur les concepts d’écologie et de progrès.

Anna Enquist, Quatuor, traduit du  néerlandais par Emmanuelle Tardif, Actes Sud

 

Un quatuor amateur formé d’amis qui se connaissent depuis l’adolescence, se réunit régulièrement pour jouer ensemble après le travail. La musique est pour chacun d’eux un moment d’évasion qui leur permet d’oublier leurs problèmes professionnels et personnels. Caroline au violoncelle, est médecin, et Jochem à l’alto est luthier. Ils sont mari et femme et vivent une terrible tragédie. Ces intermèdes musicaux les maintiennent en vie. Hugo, premier violon, vit sur une péniche et essaie tant bien que mal de sauver le centre culturel qu’il dirige. Heleen, second violon, jongle entre son métier d’infirmière, ses enfants et les lettres qu’elle écrit aux prisonniers. Il y a aussi le vieux professeur de violoncelle que Caroline continue de voir toutes les semaines. Son état se dégrade et les visites de son élève ensoleillent sa vie. Tandis qu’ils jouent avec insouciance de la musique, le procès d’une grave affaire criminelle, qui se tient dans leur ville, va venir bouleverser leur fragile équilibre. Musicienne, poète, psychanalyste, Anna Enquist a plus d’une corde à son arc pour écrire ses romans. Ses personnages ont toujours beaucoup de profondeur et sont finement décrits. La musique donne une dimension supplémentaire à ses récits. En outre, elle analyse la société avec d’intelligence et ce dernier roman est aussi le lieu d’une critique de la dérive de nos valeurs. Ecrit comme un thriller, on sent la tension monter au son de quatuor à cordes de Bach Mozart ou Schubert.

Toni Morrison, Délivrances, traduit de l'anglais par Christine Laferrière, Christian Bourgois

 

Toni Morrison nous régale une fois de plus avec son dernier roman. Lula Ann, qui se fera appeler par la suite, Bride, naît noire comme l’ébène au grand désespoir de sa mère qui n’arrive pas à établir de contact avec cet enfant sombre comme la nuit. En grandissant, le vilain petit canard deviendra un cygne magnifique regardé de tous mais profondément blessé par cette enfance sans amour. C’est l’histoire de Bride que nous raconte Toni Morrison dans un registre qui s’apparente parfois au conte fantastique. Un roman sombre mais magnifique comme d’habitude…

Meg Wolitzer, Les intéressants, traduit de l'anglais par Jean Esch, Rue fromentin

 

Dans les années 70, six adolescents New-Yorkais, Ethan, Ash, Goodman, Cathy, Jonah et Julie se rencontrent dans un camp de vacances d'été artistique. Entre eux, l'alchimie prend immédiatement et ils décident de se donner un nom de cercle d'intimes "les intéressants". Certains sont passionnés de théâtre, d'autres de dessins et de BD, personne ne sait, au début de ce roman, ce que l'avenir leur réserve.

Julie, surnommée Jules par ses nouveaux amis, trouve dans cette amitié un moyen de fuir la tristesse familiale après le décès de son père. D'un milieu bien plus modeste que les autres, ces rencontres lui permettront d'accéder à un monde qui la fait rêver. C'est à travers son regard que nous suivrons le destin des autres "intéressants".

Une très belle saga qui nous fait redécouvrir l'évolution de la société américaine. L'auteure a su éviter les clichés. D'un rythme vif, elle nous mène d'un personnage à l'autre, de leurs illusions à leurs désillusions. Une réelle réussite.

Richard Ford, En toute franchise, traduit de l'anglais par Josée Kamoun, éditions de l'Olivier

 

Sublime! Richard Ford avait déja séduit les lecteurs avec son dernier roman Canada qui a connu un grand succès. Celui-ci est différent et d'un meilleur cru encore. Un homme, Franck Mascombe, à l'aube de la vieillesse, mène une introspection sur son existence et essaie de concentrer son énergie sur les choses et les gens, cinq personnes (dont lui!)  qui ont compté dans sa vie

L'occasion de découvrir petit à petit les blessures de cet ancien agent immobilier. Beaucoup de pudeur dans ce livre, extrêmement bien écrit et d'une grande humanité. Décidément Ford manie la plume avec finesse et intelligence.

Yaël Neeman, Nous étions l'avenir, traduit de lhébreu par Rosette Azoulay et Rosie Pinas-Delpuech, Actes Sud

 

L’auteur est née en 1960 dans le kibboutz Yehi’am, fondé par ses parents en Galilée. Dans ce témoignage touchant, elle raconte la vie dans un monde à part, expérience de vie socialiste qui « veut séparer et protéger les enfants de la nature bourgeoise de la famille » (Yael Neeman p.9).Les nourrissons sont séparés de leurs parents à la sortie de la maternité et sont élevés ensemble sans distinction. Yael Neeman raconte comment il est difficile de se construire sa propre identité dans un environnement où le « je » n’existe pas. Son récit est très bien documenté et très instructif. Des photos d’époque agrémentent le texte.

Gwen

Martin Amis, La zone d'intérêt, traduit de l'anglais par Bernard Turle, Calman-Lévy

 

Le livre qui m’a certainement le plus marquée parmi toutes les nouveautés de cette rentrée littéraire.Il s’agit d’une fiction qui se déroule à Auschwitz. L’originalité du roman réside dans le fait que l’univers concentrationnaire est ici raconté par les bourreaux et non pas par les victimes. Les nazis qui vivent dans le camp sont là avec leurs femmes et leurs enfants. Entre l’arrivée de deux convois, ils assistent à des concerts, flirtent, mènent une vie on ne peut plus normale. Et c’est là que réside l’horreur. Certaines situations pourraient relever de la farce burlesque si on se trouvait ailleurs que dans un camp de la mort. L’histoire est rarement vue par ce bout de la lorgnette. Il est très difficile d’écrire un roman en se mettant à la place d’hommes commettant des actes monstrueux de manière aussi banale. « Je ne crois pas au mal, je crois à la mort » dit l’auteur dans une interview que je vous conseille, publiée dans le Magazine littéraire de Septembre. L’exercice était périlleux, il est formidablement réussi. Aucun voyeurisme, des situations complètement délirantes, des raisonnements qui le sont tout autant. Comme l’explique Martin Amis, beaucoup de choses au sein du IIIème Reich étaient ridicules et absurdes, à commencer par l’idéologie elle-même. L’auteur a ensuite rédigé une postface sur Hitler, dont le nom est absent dans le roman. Elle est écrite sur le modèle de celle de Primo Levi à la fin de La Trêve.

Gwen

Richard Ford, Canada, traduit de l'anglais par Josée Kamoun, éditions de l'Olivier

 

Dans le Montana, en 1960, Dell mène une petite vie paisible avec sa grande soeur et ses parents. Sa mère est une institutrice un peu timide, son père un beau gosse jeune retraité de l'armée de l'air qui fait du traffic de viande avec les indiens pour arrondir ses fins de mois. Mais les affaires prennent soudain une mauvaise tournure et pour rembourser des créanciers véreux et malfaisants, il a l'idée folle de commettre un hold-up. Sans vraiment lui laisser le choix, il prend sa femme comme complice. Peu expérimentés, ils sont pris et envoyés en prison. Pour échapper à l'orphelinat, Dell passe clandestinement au Canada avec l'aide d'une amie de sa mère. Elle le dépose chez un homme étrange qui possède un hôtel et dont il va devenir l'apprenti. L'avenir ne semble pas garanti pour Dell.

 

C'est un roman magnifique construit en deux grandes parties. La première dans laquelle Dell explique comment ses parents en sont arrivés au hold-up. La seconde narre sa vie au Canada dans des paysages magnifiques mais parmi des hommes brutaux qui n'agissent qu'à l'instinct.

 

Une épopée époustouflante.

Bergsveinn Birgisson, La Lettre à Helga, traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, Zulma

 

La lettre à Helga, est la réponse tardive de Bjarni, vieil éleveur de moutons islandais, à la seule femme qu'il a aimée. Véritable hymne à l'amour et à la nature, ce livre nous laisse sans voix. Il est d'une beauté saisissante, quelquefois d'une brutalité à l'image de ces magnifiques paysages islandais très austères. D'attente, en rendez-vous manqués, la vie de Bjarni a fini par passer. Cette lettre est un ultime mesage d'amour.

 

A lire impérativement.

Laura Kasischke, Esprit d'hiver, traduit de l'anglais par Aurélie Tronchet, éditions Christian Bourgois

 

Un matin de Noël, Holly se réveille en retard avec un sentiment d'angoisse inexpliqué. Son mari se dépêche de partir pour aller chercher ses parents à l'aéroport. En quelques heures, le blizzard et la neige empêcheront les invités de se rendre au repas traditionnel qu'elle a préparé. Elle se retrouve seule à la maison avec sa fille adolescente Tatiana. La journée va prendre une tournure étrange, à l'image des peurs que Holly avait en se levant.

 

Laura Kasischke excelle dans l'art de rendre page après page, des univers familiers et cosy tout à fait inquiétants. L'atmosphère est presque surnaturelle, le dénouement complètement inattendu. Kasischke est une vraie virtuose de l'écriture.

 

Voici ce que Marine Landrot écrivait dans Télérama :

« Douce et inquiétante, experte en malaise phosphorescent et ouaté, de livre en livre, elle a su bâtir un univers sans pareil, suspendu dans la rêverie aveuglante qui précède toujours le drame, ce moment de flottement où la clairvoyance se débat pour se faire entendre. »

Audur Ava Olafsdottir, Rosa Candida, traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, Zulma

 

Quelque part en Islande, un jeune homme de 22 ans vient de perdre sa mère qu’il chérissait. Il partageait avec elle l’amour des plantes, et en particulier l’amour des roses. Pour lui rendre un dernier hommage, il décide de rejoindre un monastère à l’autre bout du continent qui possède un jardin de grand renom. Il veut y planter une espèce de rose très rare, à huit pétales, la rosa candida.

 

Ce livre ne parle pas que de plantes. Ce jeune homme est aussi père d’une petite fille qui a été conçue avec une jeune fille presque inconnue, une nuit dans la serre du jardin familial. Ce séjour au monastère lui donnera l’occasion de faire plus ample connaissance avec son enfant mais aussi avec la mère.

 

Un très beau livre, contemplatif mais pas lassant du tout. On le repose à regret.

Juan Jose Saer, L'ancêtre, traduit de l'espagnol par Laure Bataillon, Le tripode

 

Ce qu'en dit l'éditeur : 

Le roman est inspiré d’une histoire réelle. En 1515, un corps expéditionnaire de trois navires quitte l’Espagne en direction du Rio de la Plata, vaste estuaire à la conjonction des fleuves Parana et Uruguay. Mais, à peine débarqués à terre, le capitaine et les quelques hommes qui l’accompagnent sont massacrés par des Indiens. Un seul en réchappe, le mousse : fait prisonnier, accueilli dans la tribu de ses assaillants, il n’est rendu à son monde que dix ans plus tard, à l’occasion d’une autre expédition naviguant dans ces eaux. De ce fait historique Juan José tire une fable universelle qui interroge le sens des destinées humaines et le pouvoir du langage. Arrivé à la fin de sa vie, le mousse se souvient comment, soixante ans plus tôt, il a été amené pendant toutes ces années à partager l’existence d’une tribu d’hommes anthropophages au point de bouleverser sa vision du monde...

 

Tiré d'un fait réel, ce roman est absolument captivant.

Taiye Selasi, Le ravissement des innocents, traduit de l'anglais pas Sylvie Schneiter, Gallimard

 

Une magnifique saga familiale qui se déroule entre les Etats Unis et l'Afrique sur plusieurs générations. Un matin, Kweku Sai, chirurgien de renom, abandonne sa femme et ses 4 enfants sans explications. Cette fuite provoquera l'explosion de la famille. Bien plus tard, un évènement tragique va cependant la reconstituer. Nous découvrirons alors petit à petit les destins, blessures et secrets de chacun.

 

« Comme sur un signal, ils dirigèrent tous le regard vers le manteau de cheminée, d’où la femme du portrait les toisait. […] Kehinde s’attendit presque à ce que la femme, mortellement blessée, se descelle du cadre et s’écroule sur le sol. Ou le souhaita en partie. Alors qu’il la contemplait, l’illusion inverse se produisit : l’éruption de la laideur. Il trouva la femme affreuse, d’une laideur incroyable ; il perçut que son visage serait à l’origine d’atrocités ; il la détesta, son apparence, son teint laiteux, il détesta cette femme, ni africaine ni blanche, qui n’appartenait à aucun Peuple, aucun passé qu’il connaissait, qui trônait sur le mur, pétrifiée par la mort, sculptée dans la glace, l’unique membre de leur famille auquel ils ressemblaient vaguement, cette beauté pâle, haïssable, retranchée dans du cuivre ouvragé. »

 

Zeruya Shalev, Ce qui reste de nos vies, traduit de l'hébreu par Laurence Sendrowicz, Gallimard

 

Ce qui reste de nos vies est une grande épopée moderne. Une mère meurt à l'hôpital. Se retrouvent à son chevet ses deux enfants, un garçon et une fille, devenus adultes. C'est l'heure des bilans. La fille mal aimée est en quête d'amour. Assoiffée de tendresse, elle étouffe sa propre fille et met son couple en péril. Le garçon adoré rencontre à l'hôpital, alors qu'il veille sa mère, une femme qui vient de perdre son mari. Elle devient son obsession et il quitte femme et enfants

Des personnages en équilibre précaire, fragilisés par le poids de l'histoire et les blessures des parents. Ils se cherchent, trébuchent et se relèvent. La malchance transmise de génération en génération leur colle à la peau.

 

J'avais adoré Amoureuse et Mari et femme du même auteur car je trouvais son analyse de la famille et du couple très juste. On retrouve le même effort pour comprendre les relations humaines dans ce livre mais  elle est allée trop loin et cela devient pesant, voir parfois un peu ridicule. C'est dommage car l'histoire est touchante et l'écriture très belle.

Gwen

 

Chimamanda Ngozi Adichie, L'autre moitié du soleil, traduit de l'anglais par Mona de Pracontal
Gallimard

 

Lagos, années soixante. La ravissante Olanna est amoureuse d'Odenigbo, intellectuel engagé et idéaliste. Quant à sa soeur Kainene, sarcastique et secrète, elle noue une liaison avec Richard, journaliste britannique fasciné par la culture locale. Le tout sous le regard intrigué d'Ugwu, treize ans, qui a quitté la brousse pour devenir le boy d'Odenigbo. Le Biafra se proclame indépendant du Nigeria. Un demi-soleil jaune s'étale sur les drapeaux, symbole du pays et de l'avenir. Mais une longue guerre va éclater, qui fera plus d'un million de victimes.

 

L'auteur ne se contente pas d'apporter un témoignage sur un conflit oublié ; en créant des personnages inoubliables, elle happe le lecteur dans la tourmente. Récompensé par le prestigieux Orange Prize, L'autre moitié du soleil est un bouleversant chant d'amour, de mort et d'espoir.

 

Une belle saga sous le soleil africain, qui décrit bien la création sanglante du Biafra, les conflits entre les différentes ethnies et la précarité des régimes qui se succèdent...

 

Adelle Waldman, La vie amoureuse de Nathaniel P., traduit de l'anglais par Anne Rabinovitch, Christian Bourgois

 

Nathaniel, dit Nates est un écrivain trentenaire, qui est sur le point de connaître le succès tant attendu.  L'intérêt que lui porte les femmes augmente lui aussi tout d'un coup. Mais Nates a un réel problème à s'engager. Passée la période de séduction et l'euphorie des débuts d'une relation, il se lasse et s'ennuie.

 

Une comédie New-yorkaise du 21ème où les couples ont des durées de vie guère plus longues que celle d'un mouchoir en papier. Les analyses de l'auteur sur notre société contemporaine sont intelligentes et drôles. Nates est sympathique mais exaspérant. Il donne souvent l'impression d'être extérieur à sa propre vie et de se regarder aimer.

Un roman bien écrit  très agréable à lire.

Gwen

 

David Grossman, Une femme fuyant l'annonce, traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen, Seuil

 

La femme fuyant l'annonce, c'est Ora, récemment séparée de son mari Ilan, qui attend fébrilement la démobilisation de son fils cadet Ofer. Pour fêter son retour imminent, elle a préparé un voyage d'une semaine en Galilée avec lui mais les évènements ne se déroulent pas comme prévu. A peine rentré, Ofer demande à participer à une opération très risquée de quatre semaines dans les territoires arabes. Alors Ora fuit. Avec une logique toute enfantine, elle se dit qu'en quittant la maison, personne ne pourra lui annoncer le décès de son fils et qu'ainsi, il ne mourra pas. Elle embarque dans son épopée Avram, qui vivote doucement dans son appartement. Ora Ilan Avram, un trio amoureux datant de l'adolescence. Ora a épousé Ilan, Avram a été gravement blessé à la guerre et a pris de la distance avec ses amis. Pendant ces semaines de balade dans le Nord d'Israël, Ora raconte. Par les mots elle espère le maintenir en vie. Avram boit ses paroles, rattrape le temps perdu, fait connaissance avec ces enfants qu'il a fui.

 

Un livre magnifique. Bouleversant aussi quand on sait que David Grossman a perdu son fils cadet au Liban. Il avait commencé le livre bien avant cette tragédie et espérait lui aussi le maintenir en vie en écrivant cette histoire.

 

James Meek, Le coeur par effraction, traduit de l'anglais par David Fauquemberg, éditions Métailié

 

Bec est une chercheuse scientifique qui connaît un grand succès concernant ses travaux sur la malaria. Son frère, non moins célèbre, est un ancien guitariste de renom reconverti en producteur de série télé. Lorsque Bec rompt avec un directeur de presse people très influent, celui-ci se met à faire chanter Ritchie qui, hélas, redoute de voir certains éléments de sa vie étalés sur la place publique...

 

Ce livre est une grande réussite. Tous les ingrédients sont réunis pour qu'on ne puisse pas lâcher ce roman. Extrêmement bien écrit, tonique, il n'est pas sans rappeler les meilleurs récits de William Boyd (Brazaville plage etc...)

 

© 2023 par Espace Détente.  Créé avec Wix.com